Dernier combat entre la lampe et la colombe ?

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La guerre qui oppose le PJD au RNI serait-elle annonciatrice d’un éclatement de la majorité ? C’est la grande question de l’heure. Éléments de réponse. 

Depuis ses débuts, le mariage arrangé entre le PJD et le RNI était difficile. Il devient quasi-impossible, maintenant qu’il ne reste plus que deux ans pour les prochaines législatives. 

Ces jours-ci, les scènes de ménage deviennent si violentes que certains observateurs prévoient un divorce imminent.
Que s’est-il encore passé pour que la colombe tente encore d’atteindre la lampe pour essayer de l’éteindre et qu’en même temps, la « Lamba » essaie de lamper le sang d’« Al Hamama » ? Certes les commerçants et leur colère contre la facturation électronique ont été le nouveau casus belli, mais le « malaise » au sein de la majorité, dont a parlé récemment Nabil Benabdellah, est beaucoup plus profond. Commençons par l’attaque la plus récente. Elle est signée El Mostafa Ramid. La retenue n’étant pas son fort, le ministre d’Etat en charge des droits de l’Homme, a choisi Facebook pour tirer à boulets rouges sur Akhannouch et le RNI. Il y crie que les postes ministériels du Commerce et des Finances sont tenus par des ministres « Ahrar ». Le PJDiste veut ainsi dédouaner le chef du gouvernement concernant la mauvaise gestion du dossier brûlant des commerçants. Or, c’est justement ce qu’avait reproché Aziz Akhannouch à SaâdEddine El Othmani lui même lorsque celui-ci avait sorti ce même argument lors d’un récent conseil du gouvernement. S’exprimant lors de la session ordinaire du conseil national de son parti, le président du RNI a rappelé au chef de gouvernement ses responsabilités. En gros, il a affirmé qu’un chef de gouvernement doit avoir le courage d’assumer les décisions prises dans le cadre de la Loi de finances et éviter d’utiliser un conseil du gouvernement pour répondre aux chefs de parti. « C’est bien le chef du gouvernement qui supervise l’élaboration du projet de Loi de finances, c’est encore lui qui, après l’avoir dûment paraphé, le dépose au Parlement », a-t-il souligné. Et Akhannouch d’ajouter : « Au sein de l’institution législative, c’est la commission des finances, présidée pour un deuxième mandat par le PJD, qui examine en premier et approuve le projet de Loi de finances, avant de le soumettre en vote en séance plénière ». Sur cette base, il a persisté et signé : « Oui, le gouvernement n’a pas consulté les commerçants, ni lors de la préparation du budget de 2014, ni lors de l’élaboration du PLF de 2019 ». 

En remettant récemment sa casquette de secrétaire général du PJD, Saâd-Eddine El Othmani n’a pas lui non plus ménagé son allié-ennemi, Aziz Akhannouch, qu’il a accusé d’hypocrisie politique. Certains observateurs interprètent cette virulente sortie comme étant un feu vert donné par le PJDiste en chef pour ses troupes pour intensifier les hostilités contre « Al Ahrar » et leur président. Les récentes critiques exprimées par certains parlementaires du parti de la lampe contre le Plan Maroc Vert en seraient des signes avant-coureurs. 

Apaisement impossible ? 

Des sources des différents partis de la majorité n’excluent pas un retour au calme malgré la tempête actuelle. Dans ce sens, Mohand Laenser jouerait ces jours-ci le médiateur pour qu’une réunion de la majorité soit tenue. Pour rappel, ce n’est pas la première fois que le gouvernement El Othmani risque l’implosion. On l’a bien vu lors de la campagne de boycott qui a donné lieu à des tirs croisés entre les membres du gouvernement. On a assisté au même spectacle après les fuites de certaines conclusions tirées du rapport d’une commission parlementaire sur les prix des carburants ou encore face à la colère contre la fièvre des prix du poisson. 

Le manque de cohésion au sein du gouvernement est flagrant. La charte de la majorité, signée le 19 février dernier, n’y a rien changé. Une énième réunion de crise ne changerait rien au problème de fond dont souffre l’actuelle équipe gouvernementale, celui de l’incompatibilité entre ses membres. En tout cas, une réconciliation de façade pourrait éviter un divorce avant les prochaines élections, mais n’empêchera pas les désolantes scènes de ménage. Le problème pour le Maroc c’est que l’action gouvernementale va en pâtir davantage. 

Dans une déclaration donnée à L’Observateur du Maroc et d’Afrique sur ces tiraillements gouvernementaux en série, le président du groupe parlementaire istiqlalien, Noureddine Mediane, résume la situation : « Il n’y a rien à espérer d’un gouvernement dont chaque ministre tire la couverture vers lui ». 

Résolutions oubliées 

Rappelez-vous, en mai 2018, après des tirs croisés entre le PJD et le RNI, semblables à ceux d’au- jourd’hui, une réunion des partis de la majorité a été tenue. Après les embrassades et les accolades de rigueur, 4 résolutions ont été prises. 

A cette occasion, PJD, RNI, MP, PPS, USFP et UC ont formellement interdit à leurs ministres d’attaquer les partis de la majorité. Un engagement qui a été vite oublié. Ils ont également réitéré leur soutien au gouvernement. Ce soutien devient de plus en plus critique, trop critique. Du reste, ils ont aussi (re)annoncé leur volonté de prendre des mesures rapides pour soutenir le pouvoir d’achat, d’accélérer la cadence pour l’élaboration d’un nouveau modèle national de développement et de faire aboutir « d’urgence » le dialogue social. 

Le problème c’est que le gouvernement et les syndicats ne sont même pas encore parvenus à s’entendre sur le sens qu’ils veulent donner au dialogue social. Quant à leur volonté de soutenir le pouvoir d’achat, les Marocains attendent toujours d’en ressentir l’effet dans leur poche ou leur couffin ✱ 

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