Mères porteuses de paix

«Les mères, au cœur du changement pour une culture de paix», c’est la thématique retenue pour la conférence internationale « Mothers4Peace » qui s’est tenue le 3 et 4 mai 2018 à Casablanca.

« Les mères, au cœur du changement pour une culture de paix aux niveaux familial, communautaire, national et international» , c’est sous ce thème que Make Mothers Matters a organisé en collaboration avec CARE International Maroc, la conférence internationale «Mothers4Peace» . Une rencontre qui rappelle le rôle primordial des mères dans la prévention des conflits et la promotion d’une culture de la paix dans les quatre coins du monde. «Les mères font partie de la solution. C’est une source qui reste trop souvent inexploitée durant et suite aux conflits», explique Anne-Claire de Liedekerke, présidente de Make Mothers Matters lors de l’ouverture des travaux de cette conférence. La représentante de l’organisation internationale n’a pas manqué d’ailleurs de rappeler que la montée de la violence, des conflits et des déplacements forcés, touchent majoritairement les mères et leurs enfants. «Ce qui ne les empêche pas de se soustraire, avec beaucoup de courage, du « rôle » de victimes pour devenir des actrices actives de transformation de la société et ceci à tous les niveaux» , rajoute De Liedekerke.

Mères courage

Même constat de la part de Princesse Esmeralda de Belgique, auteure du livre «Femmes Prix Nobel de la Paix» . «La mère est une école, un moteur de Paix. Elle transmet la patience et la tolérance. Il faut beaucoup de courage aux femmes pour trouver une solution. Partout les femmes s’activent dans l’ombre, sans ressources, sans support» , note la Princesse engagée. Ayant roulé sa bosse dans plusieurs zones de conflit, elle a pu rencontrer sur son chemin des femmes aux parcours atypiques, des femmes porteuses de causes, des femmes « ordinaires » qui n’ont rien d’ordinaire qui mènent des combats courageux sur tous les fronts pour le bien des leurs. «Les mères sont de véritables agents de changement. Ce sont elles qui sont là, à la fin des conflits, pour soigner les blessures, refermer les plaies, réparer les communautés et ressouder les sociétés et les pays» , rajoute, avec émotion, la Princesse belge.

Consciente de ce rôle «réparateur» des mères en période de crise, Dr Rima Salah, professeur au Yale Child Study Centre, plaide donc pour des investissements plus importants pour soutenir le développement de la petite enfance, à la fois comme un chemin vers la paix à la maison, dans la communauté et la société en général, et comme un chemin de transformation sociale et de prévention des violences. Travaillant auprès des mères palestiniennes réfugiées, elle note l’importance de la transmission mère-enfant de la culture de paix dans l’éducation des générations futures. Selon l’intervenante jordanienne, les neurosciences ont confirmé le lien entre l’environnement de vie pendant la petite enfance et le bien- être à long terme, ainsi que des comportements plus pacifiques au sein des familles et des communautés.

Faiseuses de vie, faiseuses d’avenir

De son côté le brésilien Gary Barker, président de l’Institut Promundo, insiste sur la sensibilisation des futurs pères et de les préparer à une «paternité co-responsable » positive et non-violente. «Une formation à une paternité positive de 17.00 pères et leurs partenaires au Rwanda a par exemple permis de réduire de 50% les violences faites aux femmes et de 30% les violences faites aux enfants» , note l’intervenant en rappelant la crucialité de l’implication des pères au sein des foyers. «Une implication active qui permet aux mères d’assumer pleinement leur rôle d’agent économique et de citoyenne dans la société. Une importante contribution à la paix» , conclut-il.
«Les femmes donnent la vie et sont prêtes à tout pour la préserver. Leur donner la place qui leur revient dans les processus de paix, c’est faire évoluer les mentalités. La paix qui découle de l’amour est la seule chose à laquelle nous aspirons tous et c’est gratuit alors, qu’est-ce qu’on attend pour s’aimer plus ?» , avec des mots simples mais plein d’émotion Betty Batoul, ancienne victime de violences, Femme de Paix Belgique 2012 et présidente de l’Association Succès au Maroc, a résumé le fond même de cette rencontre. Faiseuses de vies mais aussi faiseuses d’avenir, les mères sont détentrices d’un pouvoir autre qui dépasse celui politique et économique. Les « Ecoles de mères » établies par l’organisation Women Without Borders partout dans le monde dans le cadre de son programme de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, aident les mères à prendre conscience de leurs compétences et leur pouvoir de transformation. Une initiative qui aide les mères à gagner en confiance en soi et à devenir ces agents actifs de changement.

Responsabilités et fardeaux

Dans ce même sens, Yasmina Sarhrouny, de Creative Associates a insisté sur la reconnaissance du rôle des mères et leur soutien dans leur mission de catalyseurs de changement dans leur communauté.  «Ceci dit, il ne faut toutefois pas les encombrer par d’autres fardeaux vu qu’elles ont déjà beaucoup de responsabilités surtout quand elles vivent dans un contexte de pauvreté ou de vulnérabilité» , souligne Sarhrouny. La rencontre a été l’occasion pour CARE International Maroc de rapprocher l’assistance de ses interventions auprès des femmes et des mères à travers différentes initiatives telles l’inclusion économique des femmes vulnérables et leur autonomisation, l’accompagnement dans la parentalité positive et la sensibilisation des foyers sur la violence domestique basée sur le genre. Ces actions ont été illustrées par des témoignages poignants de femmes de terrain, de mères soulignant leur transformation après avoir été équipées et formées.

Pour Khadija Moufid, présidente du Centre d’études sur la famille et de recherches sur les valeurs et les lois au Maroc, il faudrait faire une marche internationale des mères pour la paix pour les sensibiliser sur leur pouvoir d’action et leurs compétences et appeler les décideurs à agir et promouvoir la justice. Rappelons que « Mothers4Peace » s’inscrit dans la continuité de la conférence organisée en septembre 2016 à Rabat sur l’importance d’intégrer une perspective genre dans toutes les actions de promotion de la paix, y inclus la prévention, la résolution des conflits et la construction de la paix.

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