Entretien – Birima Mangara: «Que ce soit le Maroc ou un autre pays, je considère que c’est déjà l’Afrique»

Parlant de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO, le ministre sénégalais en charge du Budget dégage une vision positive et panafricaine des échanges entre pays africains. selon lui, le plus important reste d’aller vers des grands ensembles avec en perspective la possibilité des entreprises sénégalaises de s’installer et intégrer le marché marocain. Entretien réalisé par Serigne Cheikh Djitté

Birima Mangara , Ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances, et du Plan chargé du Budget du Sénégal.

La demande marocaine d’adhésion à la CEDEAO est en attente en raison de la réticence des secteurs privés du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du nigeria. Quelle est la position de l’État et du secteur privé sénégalais après que le Président Macky Sall ait appelé ce dernier à une ouverture de l’économie, notamment avec la venue de la ZlEC ?

La position de l’État a été exprimée avec conviction par son Chef d’État, le Président Macky Sall, et c’est une position très claire alors que pour le secteur privé, c’est une position de crainte. Maintenant, ces craintes sont à lever et, aujourd’hui, le dossier est au niveau des Chefs d’État de la CEDEAO. En suivant l’actualité vous pourrez voir, peut-être, dans les prochains mois, pour ne pas dire les mois à venir, une position claire et nette de la CEDEAO là-dessus. Mais, au delà de cette question, ce qui est important c’est de travailler à l’intégration de l’éco- nomie africaine en préparant nos entreprises, notre économie à la rigueur de la compétitivité mondiale. Dans nos États,il faudra qu’on travaille à créer un envi- ronnement favorable à l’investissement, à la création d’emplois, et à la création de richesses. Que ce soit le Maroc ou un autre pays, je considère que c’est déjà l’Afrique. Aujourd’hui, l’adoption de la ZLEC (Zone de libre-échange continentale) montre que l’Afrique doit aller vers les grands ensembles.

Selon vous, quels sont les domaines peu explorés dans la coopération entre le Maroc et le Sénégal et qui pourront être relancés avec la future adhésion du Maroc à la CEDEAO ?

D’abord, je commencerai par dire qu’his- toriquement nos deux pays entretiennent des rapports privilégiés de coopération, ont des rapports de fraternité entre nos deux Chefs d’État. Ce qui est important pour nos économies, c’est de renforcer et de fructifier ces échanges et accords bilatéraux mais surtout de travailler dans un esprit de coopération globale et stratégique où chaque pays gagne. Aujourd’hui, autant les entreprises marocaines peuvent intégrer, pénétrer, s’installer au Sénégal, autant l’inverse doit être valable au Maroc pour des entreprises sénégalaises. Voila comment une coopération peut être viable entre nos pays, et surtout entre les secteurs privés.

Vous avez présenté les expériences sénégalaises en matière de bourses familiales 100% mobiles et l’e-taxe. le Sénégal est-il prêt à partager son expertise avec le Maroc dans ce sens, sachant que l’usage des solutions finan- cières mobiles démarre à peine dans le Royaume ?

Je tiens à signifier l’importance de cet événement (M-Pay 2018) qui nous a permis de mettre en avant les stratégies qui sont mises en place au Sénégal dans le cadre de l’administration et des procédés de dématérialisation. L’un des moyens les plus importants dans cette démarche, aujourd’hui, c’est d’aller vers la dématérialisation, la digitalisation et l’usage des TIC. Pour le cas spécifique des bourses familiales c’est une politique d’inclusion sociale menée depuis 2012 par le Chef de l’État avec un aspect révolutionnaire marqué par sa dimension financièrement inclusive. La délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale aété,àcetégard,miseenplaceetellemet en œuvre cette politique en partenariat avec la Poste sénégalaise. De nos jours, nul n’ignore l’importance du téléphone mobile dans nos foyers et dans les milieux les plus reculés. Aujourd’hui, à partir de son téléphone, le chef de famille peut recevoir la bourse, s’occuper du paiement de la scolarité ou de l’achat de fournitures pour ses enfants, ou d’aller chercher une pièce d’état civil pour ses enfants, etc … Il s’agit là d’une révolution silencieuse qui si elle arrive à bout aura atteint un niveau de parachèvement technologique pourra être un cas typique à montrer dans le cadre de nos échanges avec d’autres pays comme le Maroc.

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