Le ministre malien Konimba Sidibé : « Le Maroc apportera beaucoup à la CEDEAO… »

Konimba Sidibé, ministre de l’Investissement et de la promotion du secteur privé du Mali

Konimba Sidibé, ministre de l’Investissement et de la promotion du secteur privé du Mali

En marge du Forum Africa Convergence tenu à Casablanca, le ministre malien est revenu sur les opportunités d’investissement dans son pays où les opérateurs marocains sont déjà présents. Pour lui, le Maroc dispose d’une expertise avérée qu’il peut mettre au profit du Mali à travers des investissements directs ou des joint-ventures avec les opérateurs maliens.

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Le Mali cherche des financements pour relancer son économie, notamment à travers les PPP. Dans le cadre de la coopération maroco-malienne, y a-t-il des projets qui peuvent intéresser les opérateurs marocains ?

Konimba Sidibé : Tout à fait, le Mali a élaboré un plan de relance économique et au cœur de ce plan figure le développement du secteur privé, donc l’investissement comme moteur de la croissance économique. L’une des modalités de réalisation de ces investissements privés est le PPP (Partenariat Public-Privé). L’État du Mali a réalisé plusieurs projets dans le domaine de l’Agriculture, dans l’élevage, la production d’énergies solaire et thermique, dans le transport, les infrastructures routières. Nous disposons aussi de projets dans le domaine de l’assainissement et avec de la production d’énergie à la clé. C’est donc tout un paquet de projets qui sont aujourd’hui prêts, ou en voie de l’être, et que le Mali va proposer au Forum que nous organisons pour les 7 et 8 décembre à Bamako, mais déjà certains projets sont en ligne sur le site dédié. Je peux prendre en exemple le domaine du transport où nous avons deux projets de ports secs avec un du côté du Sénégal en venant de Dakar à Kayes et l’autre d’Abidjan donc à Sikasso. Et vous comprendrez qu’un pays continental comme le Mali qui a des ports secs nous donne accès à la mer surtout venant de Dakar dont le Port est le principal point par lequel les marchandises maliennes sont acheminées. C’est une continuation naturelle dans ce cas. Le Mali offre beaucoup de projets PPP dont la rentabilité ne fait aucun doute et pour lesquels le gouvernement malien est prêt à partager les risques avec le secteur privé.

Le Maroc va bientôt intégrer la CEDEAO. Est-ce que cette intégration sera une offre de plus pour les opérateurs maliens puisque les investissements marocains sont déjà présents dans la CEDEAO et cela va-t-il booster les investissements au Mali ?

C’est certain parce que le Maroc dans la CEDEAO veut dire qu’on va désormais appartenir au même espace économique qui dispose des mêmes règles et du même cadre juridique. Cela est important quand on veut bâtir un partenariat parce que ce dernier sera basé sur des règles. Le Maroc apportera beaucoup à la CEDEAO en termes de réflexions, de propositions pour refonder les systèmes, pour bâtir des outils de développement, édicter des directives qui peuvent aider les États à aller de l’avant. Naturellement, le Maroc vient avec une économie assez forte qui sera à la fois une source d’offres supplémentaires, mais aussi un débouché puisque la CEDEAO c’est aussi la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux surtout.

Quels sont actuellement les secteurs où les opérateurs marocains peuvent investir ou, à défaut, partager leurs expertises ?

Je vais commencer par les secteurs où les Marocains sont déjà présents, à savoir les finances, les télécoms. Mais ces secteurs étant connus je ne vais pas m’attarder sur ceux-là. Le secteur primordial est l’Agriculture. Le Mali dispose d’un potentiel énorme dans ce secteur puisque nous sommes les premiers dans la sous-région. À titre indicatif, nous sommes troisième producteur de coton en Afrique et seulement 2% est transformé alors que 98% sont exportés en brut, tandis que la valeur est dans la transformation. Si nous voulons donc établir une véritable industrie textile, il sera intéressant d’attirer tous les opérateurs marocains, comme étrangers.

Au-delà du coton, tout le monde est d’accord que l’agriculture paysanne, comme elle se pratique dans nos pays ne nous permettra jamais de nous hisser au niveau de productivité et de compétitivité internationales. Conséquence, bien que 60% des terres arables non cultivées, à ce jour, sont en Afrique, le continent importe 35 milliards de dollars de nourritures chaque année. C’est une situation inédite car le continent qui doit nourrir le monde est nourri par d’autres. Le Mali vit la même situation avec 2 millions d’hectares irrigables seuls 300.000 sont exploités. Le gouvernement du Mali est en train de monter des projets pour faciliter aux opérateurs nationaux comme étrangers l’accès à la terre sur des dimensions allant de 10.000 hectares à 100.000 hectares où ils n’auront rien à payer. Cependant, les entreprises devront avoir l’expertise dans ce domaine et je sais que les entreprises marocaines ont le savoir-faire réel dans le domaine agricole. La stratégie de développement du Royaume leur a permis de constituer un tissu économique de très grande qualité. Pour preuve, on trouve à Bamako les oranges marocaines vendues par des Marocains qui les amènent par camions frigorifiques. Cela veut dire que s’ils travaillent avec leurs partenaires maliens, il est possible de mettre en place un agrobusiness et de là penser à transformer localement les produits. Les autres secteurs porteurs sont l’énergie avec le solaire qui offre des possibilités immenses puisque la demande est là. Ceci est valable pour les transports où nous développons des projets en PPP pour construire des routes, des ponts, les autoroutes à péage, pour le développement urbain, le traitement des déchets. Tous les pays africains sont confrontés à ce problème de l’urbanisation où le Maroc a un certain avantage avec le niveau de développement des villes du Royaume. D’ailleurs, le Maroc est présent à travers Ozone qui s’occupe de l’assainissement de la ville de Bamako. C’est dire que nous croyons beaucoup à ce partenariat. Sa Majesté le Roi a fait le pari de l’Afrique et les entreprises marocaines devraient profiter de cela et le faire encore plus de sorte que l’Afrique revienne aux Africains et aux investissements africains.

Quel est le conseil que vous donneriez aux investisseurs marocains qui veulent venir au Mali ?

Et bien qu’ils viennent au Forum d’investissement de Bamako les 7 et 8 décembre. À ce forum, nous allons présenter toutes les opportunités d’investissements rentables. En second lieu, nous allons présenter l’environnement des affaires au Mali. Vous ne pouvez pas investir quelque part en ignorant le climat d’affaires, les risques que cela comporte, les incitations financières, non financières etc. Enfin, il sera l’occasion de connaître les investisseurs maliens, de faire des négociations en B2B, de faire des JV. Il faut connaître son partenaire et souvent un visage dit quelque chose, un vécu va au-delà des papiers. Voilà les raisons pour lesquelles je leur dis : Venez au Forum de Bamako, partagez vos expériences avec nous, échangez avec vos partenaires maliens et lancer des entreprises ensemble dans le cadre d’un partenariat win-win. Je suis convaincu que cela donnera un coup d’accélérateur à la coopération économique entre les deux pays.

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