OCP Policy Center – Sahel, un défi plus que sécuritaire…

La situation au sahel n’est pas prête de se dénouer. Complexe, elle exige une réponse globale, qui n’est pas uniquement sécuritaire. Des experts dressent le tableau et débroussaillent des pistes de réponses.

En début de ce mois de novembre, tous les médias, qui s’intéressent à la situation au Sahel, se sont donné le mot pour mettre en avant le déclenchement de la première opération menée par la nouvelle force du G5 dans la sous- région. Cette « Force antiterroriste du Sahel », dénommée « Hawbi », composée de 5000 soldats relevant de cinq pays de la région (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad), a, en fait, pour objectif la lutte contre les djihadistes et les groupes terroristes et, partant, la stabilisation de la sous-région. Ceci est intervenu après des mois d’âpres négociations, doublées d’intenses démarches diplomatiques, en vue de l’obtention du « soutien à cette mission antiterroriste menée par le G5 Sahel, qui a reçu le soutien de l’ONU et un appui logistique et financier de la France et des Etats Unis », comme le rappelait le site «sahel-intelligence».

Réagissant à ce « galop d’essai », la ministre française des Armées, relayée par la même source qui reprenait un communiqué officiel, a indiqué
que cette opération
« vient concrétiser la montée en puissance de cette Force et la priseen main par les Etats sahéliens de la lutte contre le terrorisme ». Serait-ce le début d’une réelle prise en main par les pays de la région de leur sécurité, devant déboucher sur cette stabilisation tant voulue ? De même que les observateurs s’interrogent si cette démarche serait à même de convaincre les partenaires externes à la fois de son bien-fondé, mais aussi de les inciter à s’impliquer,
en termes de fonds, davantage pour les soutenir ? Sachant que cette lutte ne concerne pas uniquement les pays de la région, mais va au-delà puisque la lutte contre les djihadistes, particulièrement au Sahel et pas uniquement, est « une préoccupation mondiale », comme
ne cessent de la rappeler décideurs politiques et autres experts. Hasard de calendrier ou conjonction des faits, le réseau MedThink5+5, à travers son secrétariat à l’IEMed et en étroite collaboration avec
l’OCP Policy Center, a organisé, les 16 et 17 novembre, une conférence thématique sous le titre générique
« La Méditerranée occidentale et le Sahel ; sécurité et développement socio-économique ». Cette conférence, qui s’est déroulée au siège de l’OCP Policy Center, a vu la participation de plusieurs experts venus de plusieurs pays d’Europe
et d’Afrique. Et les différents intervenants se sont, justement, arrêtés sur les problématiques qui traversent la région, dont la situation au Sahel.
Intervenant lors du panel
« Développement socio-économiqueet Méditerranée occidentale et au Sahel», l’universitaire et chercheur Larbi Jaïdi a planté le décor. Pour lui, la situation est marquée par
une instabilité grandissante, ce qui constitue, au-delà des frontières de la région, une préoccupation planétaire. Evoquant le lien ombilical entre
la question sécuritaire et le développement, L. Jaïdi dressera,
par la même occasion, le tableau des défis qui restent à relever. ceux-ci
ont pour noms : un environnement fragilisé, une démographie galopante, une urbanisation non- maîtrisée, l’insécurité alimentaire
et autres menaces des effets des changements climatiques. Or, selon l’intervenant, cela exige une stratégie de développement qui soit à la fois cohérente, coordonnée et inclusive. Ce qui ne semble pas être le cas, actuellement, puisqu’on dénombre
au moins 16 stratégies, outre celles
« dessinées » par l’UE, les USA, la CEDEAO, etc.
Ahmed Rhazaoui, Professeur
invité à Al Akhawayn University, mais surtout un fin connaisseur
des dossiers de l’Afrique pour
avoir été dans les arcanes de
l’ONU ainsi que sur le terrain de l’action dans plusieurs pays du continent, estime qu’on a tendance à surestimer les capacités de
la CEDEAO, comme d’autres intervenants, pour circonscrire les problèmes de la région. Raison? Il résume: « seule l’approche intégrante de l’ONU est capable de répondre aux multiples défis du Sahel ».
Pour Rhazaoui, qui a débuté sa carrière à l’ONU en 1977 comme économiste, responsable de l’unité sur les sociétés transnationales
à la Commission économique
pour l’Afrique, trois piliers sont
à prendre en considération : une approche régionale en matière de sécurité, la bonne gouvernance et le développement de l’aide humanitaire, sans oublier les autres challenges à relever. Et qui, on s’en doute, nécessitent une approche globale. Venu de l’Université de Tunis Al-Manar, le professeur Mongi Boughzala brossera le topo de la situation, en insistant sur l’immense instabilité, doublée
d’un développement en retard, mais aussi, des ressources peu ou mal exploitées dans la région. Le chercheur tunisien ne se fait pas d’illusion en admettant que ce n’est pas du jour au lendemain qu’on arrivera à répondre à ces défis. Il estime, de ce fait, qu’il s’agit d’un travail de longue ». Mais, souligne l’intervenant, « il faut d’abord commencer », d’autant plus qu’« on ne peut pas continuer de reporter les problèmes. On ne peut pas non plus attendre les initiatives de l’UE, des USA… » Et de conclure qu’« il faut que tout le monde s’y mettede manière coordonnée, je pense à l’Algérie, au Maroc, à la Tunisie, à l’Eg ypte et à la Libye, avec les pays du G5. Il faut qu’on se mette d’accord sur les priorités, et agir en conséquence. Surtout que la sécurité est un préalable du développement. »

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