Ban Ki-moon : Pompier pyromane ?

Ahmed CHARAI

Ahmed CHARAI

L’ONU a été créée pour promouvoir la paix. Son Secrétaire Général n’a aucune marge dans ce domaine. Il est assujetti aux décisions du conseil de sécurité, maîtrisé par les membres permanents, et doit être de manière impérative, dans le soutien aux décisions de ceux-ci, pour régler les conflits. Ban Ki-moon, à la fin de son mandat, s’émancipe à tort, de son rôle. C’est une incompétence gigantesque.

Des millions de Marocains ont manifesté contre ses déclarations tenues dernièrement lors de sa visite dans les camps de Tindouf en Algérie. Il avait qualifié le Maroc de puissance «occupante», oubliant les propres résolutions de l’ONU à ce sujet. Or, depuis 2004, cette organisation a constaté l’impossibilité de la tenue d’un référendum et a demandé aux «parties» de faire des propositions. Le Maroc a répondu avec le projet d’autonomie élargie, que les instances de l’ONU ont adoubé comme «une base de négociation crédible et sérieuse». Les différents représentants du Secrétaire général ont fini par jeter l’éponge devant le choix du blocage de la part du Polisario et ses sponsors.

Mais Ban Ki-moon est devenu un habitué du fait. Il a déjà proféré des déclarations ayant suscité l’ire des responsables israéliens qui l’ont qualifié de raciste, lorsqu’il a essayé de trouver des justifications absurdes, graves, des actes terroristes perpétrés contre les civils israéliens. Son mandat est catastrophique parce que l’ONU a été totalement absente sur des dossiers comme l’Ukraine, la Syrie, la crise des migrants, où les puissances préfèrent les ententes bilatérales aux institutions onusiennes. L’homme est incompétent pour faire de l’ONU une instance de règlement des conflits, ce qui est sa vocation statuaire.

Par rapport à l’affaire du Sahara, ses déclarations intempestives sont encore plus graves, en termes de conséquences possibles. Le conflit n’est plus armé depuis près d’un quart de siècle. Mais, il reste un point de risque d’instabilité dans une région où le terrorisme déstructure tous les équilibres. La Lybie est en train de devenir le nouveau sanctuaire pour les jihadistes. La Tunisie a été victime d’une tentative de création d’un émirat à Ben Gardanne, l’Algérie est gravement menacée, la Côte d’Ivoire, qu’on pensait apaisée, a enregistré une action meurtrière de l’AQMI, le Mali ne s’en sort pas. Or, tout le monde sait que les liens entre les groupes terroristes et les circuits mafieux prolifèrent au sud du Sahara et qu’ils profitent de tout conflit pour s’incruster.

Le Secrétaire général a choisi de jeter de l’huile sur le feu en sortant de son rôle, en se laissant manipuler, dans une région à très haut risque pour la stabilité mondiale. Le fait qu’il soit en fin de mandat ne justifie en rien cette indignité, celle d’un homme qui a trahi sa mission, alors que c’est l’un des postes les plus prestigieux du monde.

L’ONU a beaucoup de difficultés objectives à fonctionner, parce que les grandes puissances ont des intérêts, des positions divergentes et que grâce au droit de veto, elles peuvent bloquer toute décision, même quand elle a l’assentiment d’une majorité de Nations. Il est impossible pour cette organisation d’accepter, en plus, que son Secrétaire général sorte des clous et devient, non pas un intermédiaire neutre, mais un soutien de l’une des parties en conflit.

Au-delà de Ban Ki-moon, qui partira sans marquer l’histoire, il faudra redéfinir le profil de ce poste. Au-delà de l’émotion, les manifestants marocains ont surtout affirmé le désir de neutralité du médiateur, sans laquelle il n’y a pas de médiation et donc aucune justification à l’existence de l’ONU.

 

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