Le big-bang diplomatique

Ahmed Charai

La rencontre de Singapour est historique. Elle l’est d’abord parce qu’il y a quelques semaines on a été plus proches du gouffre de la guerre que de ce qui s’apparente à un processus de paix. La manière d’y arriver détonne, parce qu’elle sort des codes habituels. Mais quelques jours auparavant, au Canada lors du G7, Donald Trump a maintenu ses décisions sur les taxes douanières et ses positions sur le déficit commercial. Ceci s’ajoute aux retraits des accords de Paris sur le climat et de celui du nucléaire iranien. Il est clair que la nouvelle administration américaine a jeté par-dessus bord les alliances héritées de la guerre froide et ce sur l’autel de la finance, d’abord. Les arguments de Donald Trump, in fine, comme un leitmotiv, reviennent sur l’aspect économique des choses. L’OTAN ? Il n’est pas normal que pour assurer la défense de l’Europe, le contribuable américain paye la partie la plus lourde. Le libre-échange ? L’Amérique est en déficit commercial avec les ¾ des pays. Les changements climatiques ? Les décisions de la COP 21 couteraient trop d’emplois aux USA. C’est un paradigme nouveau sur la scène internationale. C’est la première fois où la politique intérieure US l’emporte sur le rôle dit « stratégique » au détriment des alliés. L’Europe est la première à en pâtir. Mais l’Union Européenne est-elle en mesure de tenir un bras de fer ? Assurément non. La vague populiste qui la submerge est d’abord le résultat des impacts sociaux de la politique budgétaire imposée par l’Allemagne. Alors que les USA ont un taux de chômage proche du plein-emploi, la croissance en Europe, trop molle, ne produit pas d’effets sur cet indicateur. L’Europe à 27 est un frein à toute évolution, à cause de la règle un pays, un vote. Sur les questions de l’immigration, de la défense commune, l’Europe se fracasse, alors qu’il n’y a pas de solution « nationale ». L’ensemble dit Union européenne ne pèse pas lourd face à la marche forcée de Donald Trump. Celui-ci ne croit que dans le bilatéral au niveau des relations internationales. L’utilisation du principe de l’extraterritorialité a mis l’accord avec l’Iran par terre. Les grandes entreprises françaises et allemandes se sont déjà retirées. La diplomatie est en train de muter devant nos yeux. « Le camp occidental » n’est plus qu’une vue de l’esprit qui ne repose sur aucune réalité de terrain. Fatalement, chaque puissance devra s’adapter, en fonction de ses propres intérêts, ce qui alimentera les divisions. Trump a dynamité un système devenu trop conservateur à ses yeux. Parce que les USA sont l’hyperpuissance, « America First » a des conséquences incalculables. Nous ne sommes qu’au début du chamboulement.

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