L’hommage à un Patriote

Ahmed Charaï

Avec la disparition de John McCain, l’Amérique a sans doute perdu l’un des acteurs les plus importants de la vie politique et ce depuis des décennies. Connu pour sa liberté d’esprit, il était respecté pour son engagement patriotique que ses faits de guerre rehaussaient en lui donnant la stature du héros.

Son engagement pour la paix, la démocratie, les droits de l’Homme transcendait les clivages politiques. Il lui est arrivé de voter contre les Républicains, quand sa conscience, ses convictions l’y forçaient.

Il n’est pas fortuit que les deux présidents contre lesquels il a fait campagne, G.W Bush et Barack Obama soient présents à la cérémonie d’hommage.

Pour Obama, McCain a contribué à faire d’eux de meilleurs présidents. Il n’y a pas d’hommage plus puissant venant d’un adversaire politique. Intransigeant, il l’était sur les valeurs, qui pour lui, fondaient l’Amérique. Fils et petit-fils d’Amiral, servir l’Amérique était sa seule vocation. D’ailleurs la dernière phrase qu’il a prononcée au micro du Capitol a été «j’ai eu le privilège de servir l’Amérique et les Américains».

Ses adversaires l’ont toujours respecté parce qu’au-delà de son engagement et de son intégrité, il avait une autre qualité. La politique pour lui c’est d’abord une éthique. Il s’est toujours refusé aux attaques mesquines même au cours des campagnes électorales. Il avait défendu le patriotisme de Barack Obama en plein meeting électoral, au grand dam de ses propres
supporters.
C’est sûrement en pensant à tout cela que sa fille, Meghan, a déclaré lors de
son allocution : «l’Amérique de McCain n’a pas besoin de retrouver sa grandeur, parce qu’elle est toujours grande. L’Amérique de McCain c’est celle qui défend la liberté, qui s’appuie sur ses institutions, qui est forte par son attachement à ses idéaux.»

Cet attachement viscéral à cette vision de l’Amérique telle que l’ont imaginé les pères fondateurs a guidé toute la vie politique du sénateur, qui a duré plus de 40 ans.

A titre personnel, je l’ai rencontré à plusieurs occasions, mais la rencontre qui m’a marqué le plus est celle du 19 février 2011 à Rabat , la veille des premières manifestations du mouvement du 20 février et ce dans le cadre d’un entretien qu’il avait accordé à L’Observateur du Maroc et d’Afrique. A l’issue de celui-ci, il m’a demandé : «vous n’avez pas peur pour votre pays ?» Le défunt pensait que les pays arabes devaient s’ouvrir à la démocratie, mais dans la stabilité.

L’homme était très attachant, doté d’un charisme naturel et persuasif. Son patriotisme n’était pas un dogme obsessionnel dirigé contre les autres. C’était sa manière d’agir pour que l’Amérique soit meilleure, que la liberté et la démocratie triomphent.

L’Amérique qui sait valoriser ses fils, tient, avec McCain, une grande histoire d’un héros des temps modernes.

Le patriotisme doit être la première des qualités d’un acteur politique. C’est la leçon universelle de la vie et du combat de John McCain.

 

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