De la question kurde

Jamal Berraoui

Jamal Berraoui

Un proverbe local dit « le Kurde ne peut se fier qu’à un seul ami : la montagne ». Le Kurdistan irakien vient de confirmer cet adage à l’occasion de son référendum. Erbil n’a pas eu un seul soutien, même de la part des États-Unis que les Peshmergas ont aidé à envahir l’Irak de Saddam. Mais la question est très complexe.
Les Kurdes forment assurément un peuple avec sa propre culture et le rêve de l’État souverain date d’il y a un siècle, des accords Sykes-Picot exactement. Mais les Kurdes sont émiettés sur les territoires de quatre États- Nations. Ils sont 12 millions en Turquie, 5 millions en Irak, 3 millions en Iran et 2 millions en Syrie. Il n’y a pas de continuité territoriale entres les 4 Kurdistan.
Sykes-Picot prévoyait un État kurde, cependant Mustapha Kamal a obtenu à Lausanne, quelques années plus tard, qu’en contre partie du démantèlement de l’empire Othoman, qu’il n’y ait pas d’État kurde. Le leader turc pensait à la prévention de l’Anatolie avec sa composante kurde. En Iran, il y a eu une république kurde à la fin de la seconde guerre mondiale, le Mahabad. Un peu soutenue par Staline au début, cette république éphémère a été écrasée par le Shah, parce que l’URSS de l’époque chassait sur le continent européen. Aujourd’hui, les Kurdes d’Irak, mais aussi de Syrie, voudraient profiter des succès militaires des Peshmergas contre les factions islamistes pour avancer vers leur rêve. Ils sont face à un mur. L’Iran et la Turquie ne veulent pas en entendre parler et sont prêts à intervenir militairement.
Ce qui s’annonce c’est une guerre contre cette ethnie qui n’a aucune chance, parce que l’armée turque et les pasdarans sont autrement plus puissants que les milices.
L’ennemi des Kurdes, c’est leur situation. Ils n’ont jamais été migratoires nulle part. Au fil de l’histoire, ils se sont installés dans les quatre pays. Dans les montagnes précisément. C’est ce qui fait qu’il n’y a pas de continuité territoriale. Un État kurde irakien en devient absurde. Doit-il recevoir les Kurdes des autres pays ou les aider à se libérer ? Il ne peut être qu’un élément de déstabilisation régional, d’où le refus de toutes les diplomaties de soutenir le séparatisme.
Il y a une seule issue historique : la démocratie. C’est le seul système qui, dans ces quatre pays, permettrait à cette ethnie de vivre son particularisme, sans se confronter aux États-Nations existants, dans le cadre d’autonomies négociées par exemple. Le rêve séparatiste, à quatre, est une illusion.
Le drame c’est que cette illusion est née des accords Sykes-Picot. Enivrés par leur victoire, Français et Anglais ont eu le pouvoir de redessiner une carte du Moyen-Orient, en y incluant un État kurde. Bien avant Lausanne, ils se sont rendu compte que cela nécessitait des déplacements de populations pour les mettre ensemble, sur le même territoire. Ce n’était pas possible, et c’est toujours le cas. Mais ce rêve insensé a perduré. Dans la faillite de l’État irakien, les Kurdes ont acquis une autonomie, la plus large possible, puisqu’ils ont leur propre armée. L’intelligence serait de consolider cet acquis et non pas d’aller vers un affrontement au risque de tout perdre.

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