France-Egypte : Macron sur la corde raide

Mireille Duteil

 

Par Mireille Duteil 

Emmanuel Macron a hésité à se rendre en visite officielle en Egypte, au début de la semaine. Non pas que l’importance de ce voyage n’ait pas été pesée au trébuchet par l’Elysée, mais, le onzième round des « gilets jaunes », le samedi 26 janvier, l’incitait à rester en France. Et plus que tout, il craignait les critiques sur un voyage au pays de la répression. Plus de 60000 Egyptiens pourrissent dans les geôles depuis l’été 2013 et l’arrivée au pouvoir du général Abdel Fatah al-Sissi par un coup d’État contre le président Mohamed Morsi, un Frère musulman. Des milliers d’islamistes ont été arrêtés, torturés, 2800 personnes ont disparu. Ces dernières années, la répression s’est accrue : démo- crates, laïcs, bloggeurs, journalistes, gens de gauche, tous ceux qui osent émettre un avis contraire à la doxa officielle sans pour autant menacer le pouvoir sont arrê- tés.

Le voyage était donc à haut risque pour Emmanuel Macron. Aussi, faute d’obtenir avant son départ, la promesse qu’il y aurait un geste en faveur des droits de l’Homme de la part d’Al-Sissi, le président français a regretté publiquement l’absence de liberté et le danger qu’elle représentait pour la stabilité du pays.

Etait-ce vraiment suffisant ? Fallait-il se rendre en visite officielle dans l’ancien pays des Pharaons ? Pour l’Elysée, les motifs pour bâtir une « alliance stratégique » avec l’Egypte sont nombreux. Dans ce Proche-Orient en tumulte, alors que la Syrie est tombée dans l’escarcelle russe, que l’Irak se partage entre une influence américaine et iranienne, que l’Arabie saoudite de MBS n’est plus crédible depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi, l’Egypte reste un pôle de quasi stabilité. Les Occidentaux ne voudraient pas la voir tomber sous l’influence russe ou chinoise, a déclaré en privé le président français au Caire. Une remarque aux accents de nouvelle guerre froide. Car l’Egypte pro-occidentale et anti-islamiste à la charnière de l’Afrique et du Moyen-Orient a une diplomatie active. Al-Sissi joue un rôle majeur en Libye où il soutient et arme le général Haftar; en Palestine, il tente de réconcilier Hamas et Fatah ; entretient des relations avec Israël dont les avions sont intervenus à deux reprises contre des groupes djihadistes au Sinaï. En clair, le général Al-Sissi a su se rendre indispensable aux yeux d’une France si prête à céder à sa traditionnelle « passion d’Egypte » depuis Bonaparte.

Sans oublier l’intérêt économique représenté par ce pays mastodonte qui frôle les 100 millions d’habitants. Une trentaine de contrats ont été signés pendant le voyage pour environ 1 milliard d’euros. Macron s’est laissé entraîner par le président égyp- tien soucieux de lui montrer la nouvelle capitale qu’il bâtit dans le désert à 40 kms du Caire : une aubaine espèrent les entreprises françaises. Les rêves de Paris ont été alimentés par les Egyptiens qui n’ont pas voulu dévoiler les futurs nouveaux contrats d’armements. Depuis 2015, La France a supplanté les Etats-Unis en deve- nant le premier fournisseur d’armes de l’Egypte. Elle lui a déjà vendu 24 Rafales, 12 autres sont en négociation. Entre les ventes d’armes et les droits de l’Homme, la real politique l’a emporté.

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