La semaine de Oui-Oui

Vincent HERVOUET

À titre individuel, il vaut mieux vivre avec cette sorte de courage qu’est l’optimisme et se tromper tout le temps que broyer du noir et avoir toujours raison. Mais pour un homme d’Etat, c’est précisément le contraire. Un imbécile heureux au pouvoir ? Malédiction garantie pour ses compatriotes qu’il négligerait de protéger ! Pourtant, l’électeur se laisse volontiers bercer par les politiciens en campagne. Ils donnent à rêver, nourrissent l’espoir des lendemains qui chantent et font oublier la tristesse du monde. Donald Trump a été ce bonimenteur qui a enthousiasmé l’Amérique profonde. Il lui a promis le retour des années glorieuses du baby-boom, des emplois délocalisés dans les états désindustrialisés du nord-est, de la fierté américaine. Cent jours après, America isn’t back. « Pas encore », diront les plus optimistes.

Le locataire de la Maison-Blanche découvre avec surprise que piloter la machinerie d’Etat a autant à voir avec gouverner une entreprise que barrer un dériveur et commander un porte-avions. Mais le commandant en chef dispose dans sa cabine de réserves d’optimisme inépuisables. Il en use pour aborder les relations internationales. Il en abuse avec les tyrans en place. On a ainsi vu le Président américain s’enthousiasmer de « l’excellente alchimie » de ses relations avec son homologue chinois, Xi Jin Ping, auquel il avait promis durant toute la campagne une guerre commerciale sans pitié. Il a eu mardi « une très bonne conversation avec Vladimir Poutine » que les agences fédérales américaines accusent d’avoir faussé l’élection présidentielle et que le Département d’Etat dénonce comme complice du gazage de civils syriens… Donald Trump a même raconté à une agence de presse que « dans les circonstances appropriées, il serait honoré de rencontrer » le Nord-Coréen Kim Jong-un qu’il traite de « petit malin, ayant été capable de prendre le pouvoir à un très jeune âge quand son père est mort ». Le petit malin a fait assassiner son oncle, son demi-frère et au moins 140 responsables du régime dès qu’il s’est assis dans le fauteuil du grand leader mais Donald Trump ne s’est pas attardé sur ces détails. De même, les milliers d’exécutions sommaires qu’a encouragés le Président philippin et qui restent impunis ont valu à Rodrigo Duterte d’être l’objet d’une plainte pour « crimes de masse » devant la justice internationale, mais cela n’a pas empêché « une conversation très amicale » et une invitation à la Maison-Blanche. En son temps déjà, le nouveau président avait salué la mémoire de Saddam Hussein qui « savait tuer les terroristes » ou l’efficacité de Valdimir Poutine qui « fait un superboulot pour la Russie, qu’on l’aime ou pas » … Ce qu’il y a de bien avec l’optimisme, c’est qu’il est contagieux. Le secrétaire au Commerce Wilbut Ross considère ainsi que le bombardement d’une base aérienne syrienne à coup de Tomahawks a été comme « un spectacle de fin de soirée » offert au camarade Xi en visite officielle aux USA… On pense à Néron jouant de la lyre en contemplant du haut de sa terrasse l’incendie de Rome que la foule l’accusait d’avoir allumé pour se distraire. Les incurables optimistes relèveront que le feu ayant rasé la moitié de la ville, l’empereur la fit reconstruire selon un plan monumental que les touristes viennent aujourd’hui admirer du monde entier… A toute chose, malheur est bon. Avec cet axiome en guise de manuel diplomatique, tout néophyte peut espérer améliorer l’état d’un monde auquel il ne connait rien et qu’il ne comprend pas. Mahmoud Abbas, reçu mercredi, dans le bureau ovale n’a pas mieux saisi que Benyamin Netanyahu la stratégie du Président américain pour en finir avec le conflit israélo-arabe mais ce « grand accord de paix » reste le rêve flou qu’il poursuit. La priorité affichée de sa politique étrangère… En France, les idées d’Emmanuel Macron pour sortir le projet européen de l’ornière ou son plan pour lutter contre le terrorisme sont restées tout aussi flous que les recettes imaginées par Marine Le Pen pour abandonner l’Euro sans ruine. Partout, « y a qu’à, faut qu’on… ». C’est l’hymne de oui-oui qui s’imagine que son élection sert d’antidote à la sinistrose ambiante et qu’elle peut même guérir le tragique de l’histoire.

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