Les djihadistes mènent une danse de mort au Sahel

Mireille Duteil

Mireille Duteil

Entre Emmanuel Macron et l’Afrique, il y a un gouffre : celui qui sépare un homme pressé d’un continent où le temps compte encore trop peu. Même quand il s’agit de la sécurité de plus en plus malmenée de cette immense région sahélienne.

Comment mettre enfin en route la force militaire conjointe des cinq pays sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Tchad) alors que les djihadistes ont retrouvé un nouveau souffle ? Impossible de savoir si les cinq chefs d’Etat réunis, à Nouakchott, avec le président français, le week-end passé, ont trouvé une réponse. Pourtant le temps presse. A la veille de la rencontre, le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » lié à Al Qaida du Malien Iyad al-Ghali, n’hésitait pas à signer un double attentat meurtrier : l’un contre le nouveau QG de la force africaine du G5 Sahel, à Sévaré, dans le centre du Mali (3 morts); l’autre, contre des soldats français de l’opération « Barkhane », à Gao (4 morts et 28 blessés dont de nombreux civils). une façon de procéder classique à la veille d’une rencontre internationale, mais qui montre que les djihadistes sont toujours, au moins partiellement, les maitres du terrain.

Trois principaux blocages expliquent cette lente mise en place d’une force qui n’en finit pas de naître. Officiellement, elle a vu le jour en janvier 2017.

Premier blocage : le financement. Personne n’ouvre largement les cordons de sa bourse. Les cinq pays sont parmi les plus pauvres du monde, ils doivent compter sur l’aide internationale. Or, la force du G5 Sahel a besoin de 480 millions d’euros pour s’installer la première année et 75 millions chaque nouvelle année. Si 423 millions d’euros ont été promis, très peu ont été décaissés. Les Africains aimeraient que les Nations unies la prennent en charge, financièrement et politiquement, ceux-ci y sont réticents et les Etats-unis (qui paient peu) totalement opposés.

Deuxième handicap : l’absence d’entente entre les cinq. Le Tchad et la Mauritanie aux soldats efficaces et formés réclament une mise à niveau des armées de leurs voisins. Ceci demandera du temps. Sans oublier que les états-majors ont des approches différentes des problèmes de commandement et de contrôle des bataillons (5.000 hommes au total).

Dernier handicap, le plus grave, si on veut résoudre les questions de sécurité dans toute la région : la faillite de l’Etat malien. Au fil des années, l’Etat a lâché du lest, au nord, d’abord, au centre et au sud du pays, ensuite. Les salafistes ont rempli les vides (écoles), les djihadistes s’y déploient de plus en plus aisément. une insécurité qui gagne le voisin burkinabe et inquiète les autres capitales. Faute d’une réelle réinstallation de l’Etat malien à l’intérieur du pays pour y sécuriser les populations, les 12.000 hommes de la Minusma et les 4.000 Français de l’opération Barkhane risquent de ne pas être d’une grande utilité. Encore faut-il que les soldats maliens, accusés parfois de graves violations des droits de l’Homme, n’éloignent pas encore plus leurs concitoyens d’un Etat incapable de les protéger. Aujourd’hui, du succès de la sécurité au Mali dépend celle du Sahel.

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