Libre cours

Naim KAMAL

Il y a 16 ans que Gilbert Bécaud est mort. Il y a longtemps que je n’ai pas écouté une de ses chansons qui ont bercé ma jeunesse. Pourtant, c’est l’une d’elle qui m’est spontanément venue à l’esprit et à la bouche juste après le discours du Roi Mohammed VI à l’ouverture du Parlement : « Et maintenant ». « Et maintenant que vais-je faire », disait le chanteur. Le contexte n’a rien à voir, et c’est peut-être l’énergie que mettait ce « Monsieur 100 mille volts » dans ses chansons les plus glamours se prêtant plutôt bien à un traitement crooner, qui l’a fait émerger des tréfonds de ma mémoire.
Du nerf, c’est en creux ce que le Souverain a demandé aux Marocains, surtout ceux qui ont entre les mains les pouvoirs de la décision, de l’action et de la réflexion. Constatant l’inertie habituelle de nos élites à la suite du discours du Trône, le Roi a confié au Coran d’exprimer son exaspération, ce qui est un faible mot, tant la panne de l’imagination de nos dirigeants est révoltante.

Quelques minutes après le discours, j’écrivais dans le Quid.ma que l’essentiel du message du Roi devant les parlementaires,
à l’ouverture de la nouvelle année législative, se trouve non pas dans le discours qui appelle à « un séisme politique » si nécessaire, mais dans les signes coraniques de Sourate Al Anfal lus juste auparavant, et que l’on sait toujours choisis avec soin : « Et ne soyez pas comme ceux qui disent : “Nous avons entendu, alors qu’ils n’entendent pas. Les pires [de tout ce qui bouge sur terre] auprès d’Allah, sont, [en vérité], les sourds-muets qui ne raisonnent pas. Et si Allah avait reconnu en eux quelque bien, Il aurait fait qu’ils entendent. Mais, même s’Il les faisait entendre, ils tourneraient [sûrement] le dos en s’éloignant”. »
Tout le dilemme et l’inconnue de l’équation sont là : Comment réformer un pays qui en a grandement et urgemment besoin avec les outils même du pourrissement ? Le tableau qu’en a dressé le Souverain dans le discours du Trône est aussi juste que sombre et n’appelle plus à une nouvelle diarrhée de commentaires et de diagnostics. Les responsables de cette situation ont été désignés presque nommément. On les trouve partout, dans l’administration, dans la santé, dans l’enseignement, dans les partis, dans le gouvernement, dans la rue, au rond-point ou derrière un radar sur l’autoroute… Quand on saisit l’extrême difficulté de cette équation, on comprend mieux pourquoi Mohammed
VI a pris sur lui d’appeler à un « séisme politique » si nécessaire. Une sorte, sans que ça aille jusqu’à sa consonance maoïste, de révolution culturelle qui mettrait tout à plat. Elle ne peut se passer de commencer par le nettoiement des écuries d’Augias.

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