Libre cours

Naïm Kamal

Après les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, accusant le Maroc et ses banques de ne faire en Afrique subsaharienne que blanchir l’argent du haschich ou de le transporter pour ce qui est de la RAM, il n’y a qu’un aphorisme qui m’est venu à l’esprit, celui de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ».
Je ne sais pas si le chef de l’indélicatesse algérienne avait programmé sa sortie anti marocaine devant le Forum des entrepreneurs algériens, on pourrait le croire vu les exacerbations que vit en interne le pays. Mais dans la chronologie de son intervention, ses propos sont intervenus en réaction à des hommes d’affaires de son pays louant la diplomatie économique du Royaume sur le continent en la comparant à celle d’Alger d’autant plus inefficace qu’inexistante. Trop pour ce que peut supporter un fossile du régime. Tout, mais pas le Maroc ! C’est épidermique et érafle atrocement la fleur de peau. En un mot in-su-pportable.
En 1989, juste après les émeutes d’octobre 1988, qui ont ouvert la voie, quatre ans plus tard, à la décennie noire de la guerre civile, j’ai assisté de la tribune de presse au congrès du FLN, voulu comme celui du ressourcement par lequel le pouvoir essayait de rassembler ce qui lui restait de forces pour se maintenir. Tous les bannis étaient rappelés pour reprendre une place ou un rôle à un moment où le régime allait tenter la diversion d’autoriser le multipartisme. Il y avait là les Msaaydia, les Yahyaoui, et un certain Abdelaziz Bouteflika qui, poursuivi en 1980 par la Cour des comptes pour détournement de fonds publics, a connu le bannissement dès 1981. Prenant la parole devant plus de cinq mille congressistes, il se perd dans une rhétorique dont il est coutumier, puis de but en blanc, il lança : « On me dit que les Algériens sont en admiration devant les Marocains. Je ne comprends pas. Moi je ne tolérerai pas pour un Algérien l’abaissement de vivre comme un Marocain ».
Replacés ainsi dans le continuum des relations algéro-marocaines, les propos de Abdelkader Messahel retrouvent leur cadre maladivement naturel du pouvoir algérien : le syndrome marocain, porté et ensemencé par le « clan d’Oujda ». Pour étayer ses accusations contre le Maroc, le chef de l’indélicatesse algérienne fait témoigner des chefs d’État africains, sans les nommer bien sûr, qui lui auraient confirmé ses allégations. Il y a dans ces assertions une part de vérité, sauf qu’il l’a inversée. Ce qu’il a de cette manière révélé, c’est la teneur de la campagne constante que mène Alger auprès des capitales africaines dans une désespérante tentative d’arrêter les avancées du Maroc dans le continent.
Après avoir épuisé tous les arguments imaginables hostiles au Royaume, cela fait quelques années qu’il n’y a pas un jour sans que la presse algérienne, qui tourne dans le giron du pouvoir, n’accuse Rabat de mener une politique délibérée d’intoxication de la jeunesse de son pays. Sans jamais réussir autre chose que sombrer dans le ridicule.

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