Libre cours

Naïm Kamal

Le gouvernement français n’a pas lésiné sur les mots pour annoncer la visite du premier ministre français au Maroc. C’est, écrit-il, «dans un contexte de relation d’amitié exceptionnelle entre la France et le Maroc» qu’Edward Philipe « accompagné de dix ministres, co-présidera avec son homologue, M. Saâdeddine El Othmani la treizième Rencontre de Haut Niveau à Rabat. » Quasi simultanément, Emmanuel Macron a annoncé (inopinément ?) à l’occasion d’un déplacement dans le nord de la France qu’il se rendra en visite en Algérie le 6 décembre prochain. On ne va pas jouer la rivalité habituelle d’Alger contre Rabat quand il s’agit de Paris d’autant plus que le chef de l’État français a, un mois après son installation, accompagné de son épouse, rendu visite au Maroc pour un déjeuner ramadanesque avec le Roi Mohammed VI entouré de toute sa famille proche, et personne ici ne laissera jouer la susceptibilité face au nécessaire équilibrisme diplomatique de la France entre deux pays avec lesquels elle partage l’histoire, la culture etc. etc.
Mais il y a dans le communiqué du gouvernement français annonçant la visite du patron de Matignon au Maroc une phrase de nature
à ne pas trop plaire, et c’est un euphémisme, au pouvoir algérien. Outre, disait-il que la rencontre « s’orientera autour des thématiques économiques bilatérales », se préoccupera de la jeunesse et de l’éducation, le communiqué précisait que les deux partenaires se pencheront sur « la mise en œuvre de [leur] coopération en faveur de l’Afrique ». De quoi fixer pour l’éternité chez nos amis algériens la paranoïa du Maroc cheval de Troie de la France dans le continent africain. Mais c’est leur problème.
Quelques jours auparavant se tenait à Alger la quatrième session de la commission économique mixte franco-algérienne. Parmi
les sujets abordés à l’ordre du jour, le dialogue bilatéral sur les questions politiques et sécuritaires. Les deux parties devaient passer en revue « les grands défis régionaux et internationaux auxquels la France et l’Algérie doivent aujourd’hui faire face, notamment la situation en Libye, au Sahel ainsi que la lutte contre le terrorisme. » Mais Alger a fait savoir par voie de presse avant même l’ouverture des travaux qu’il «ne ferait pas le gendarme» au Sahel pour marquer son hostilité à la politique française dans la région qui lui a damé le pion et exclu de la coopération antiterroriste du « G5 » qui regroupe la Mauritanie, le Mali, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger. Les militaires algériens ont également tenté de faire pression sur Paris pour lui faire changer de position dans le conflit du Sahara. Ce n’est pas la première
fois qu’Alger le déclare, mais c’est rare : la question du Sahara n’est pas seulement histoire de cette fameuse et fumeuse litanie sur le principe des droits des peuples… mais relève de la sécurité nationale de l’Algérie. Bien. Reste qu’il nous explique comment et pourquoi. Peut-être pourra-t-on alors commencer à discuter. De toute façon, le Maroc a toujours assuré que le Polisario n’est que le cache-misère d’une diplomatie dont l’esprit est encore dans les nuages du rêve hégémonique prussien.

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