Les nouveaux jihadistes

Mireille DUTEIL

Mireille DUTEIL

Le jihadisme européen qui sévit en Syrie inquiète au plus haut point les sécuritaires. Il semble avoir pris tout le monde de court.

C’est en 2014, lors de l’assassinat d’un humanitaire britannique travaillant en Irak, par l’Etat islamique, que les Européens ont réalisé, stupéfaits, que certains djihadistes étaient des convertis à l’islam de fraiche date. Le bourreau de l’humanitaire britannique avait un fort accent cockney : il était originaire de la banlieue de Londres. Même découverte du côté français. Les quatre journalistes français détenus par Daech à Raqa, au nord de la Syrie, pendant plusieurs mois et libérés l’été dernier, avaient, parmi leurs geôliers des Français et des Belges « pur sucre ». Très manifestement, les chefs djihadistes, sadiques, les obligeaient à maltraiter leurs compatriotes. De même, un jeune converti de 22 ans, Maxime Hauchard, originaire de Normandie, d’une famille ordinaire, faisait parti des bourreaux qui égorgèrent les pilotes de l’armée syrienne lors d’une mise en scène macabre et filmée. Ce nouveau visage du djihad européen, et français, inquiète. Comment expliquez que ces jeunes sautent le pas au point de partir faire le djihad en Syrie, un pays dont 99% d’entre eux ignore la langue et la culture ? Et la religion, quoi qu’ils en pensent.

La radicalisation de jeunes Français, musulmans d’origine ou convertis récents, s’accélère depuis un an, selon une enquête du ministère de l’Intérieur. En novembre 2014, 1132 Français étaient impliqués dans une filière en Syrie et en Irak et 376 d’entre eux avaient rejoints les zones de combat. Leur nombre a doublé en onze mois. En mars 2015, le ministère de l’Intérieur estime à 1462, le nombre des Français impliqués dans des filières djihadistes : 416, seraient actuellement en Syrie, 310 en transit, 201 rentrés en France, 90 tués au combat et 65 sur le chemin du retour. Un retour qui n’est pas sans risque, des informations ont fait état de djihadistes repentis assassinés par les chefs de Daech lorsqu’ils ont voulu quitter la Syrie.

Pour tenter d’arrêter les départs vers le djihad armé, les responsables français ont demandé aux proches ou aux services publics de faire connaître les noms des nouveaux radicalisés. Parmi les 3142 personnes signalées l’an passé, on compte 40% de convertis. Un chiffre énorme. Les femmes majeures (musulmanes ou converties) forment 35% de ce bataillon d’aspirants djihadistes. Et si les mineurs forment un quart des nouveaux radicalisés, les jeunes filles mineures, nouvellement converties, constituent 44% des filles nouvellement radicalisés. Ces jeunes Françaises se convertissent-elles par conviction, pour une histoire d’amour ou par révolte contre leur famille? Un peu des trois probablement. Convertis ou musulmans de naissance, ces nouveaux radicalisés ont un point commun : ils sont en rupture avec leurs familles, l’école, et sont souvent sans travail. à la recherche d’une nouvelle identité politico-religieuse, ils rêvent de donner un nouveau sens à leur vie. Ils se trompent de voie. Certains en profitent.

Chronique publiée en juin 2015 dans lobservateur.info

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