Tunisie – La guerre de succession est ouverte

Mireille DUTEIL

Mireille DUTEIL

Perturbée par une situation économique en petite forme, désertée par les touristes étrangers, menacée par des djihadistes qui se pressent toujours plus nombreux à sa porte, en Libye, la Tunisie n’a guère besoin d’une guerre de succession. Pour être encore tabou, le sujet est posé. Et pas de la meilleure façon.

Le 10 janvier, le congrès du parti au pouvoir, Nidaa Tounes, fondé par le président Beji Caïd Essebsi en 2012, a nommé le fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi, à sa tête. Pour être populaire, Beji Caïd Essebsi, aura 90 ans en novembre. Ce vieux routier de la politique est déjà le plus âgé des chefs d’Etat. Qui va lui succéder lors des élections de 2019 ?

S’il n’a pas officiellement intronisé son fils comme son successeur – un geste inimaginable dans une Tunisie républicaine et rétive à voir s’installer un système héréditaire (toutes les tentatives passées ont débouché sur de graves crises politiques) – il était néanmoins présent au congrès du parti les 9 et 10 janvier. Une manière d’adouber Essebsi Junior, 53 ans, ce « fils de », sans passé politique. Le parti tangue depuis plusieurs mois. Deux clans s’y affrontaient. Celui de Hafedh Caïd Essebsi était appuyé par d’anciens du RCD (le parti de Ben Ali) et des hommes d’affaires.

L’autre, était dirigé par le Secrétaire général, un quinqua, ex-militant de gauche, Mohsen Marzouk. Qui allait l’emporter ? En 2014, déjà, Essebsi Junior avait échoué à s’emparer du parti. En janvier 2016, il a réussi et éliminé ses adversaires du Bureau politique, alors que Mohsen Marzouk avait démissionné en décembre. Une vingtaine de députés avaient aussi quitté Nidaa Tounes. Résultat : Essebsi Jr dirige un parti « au pouvoir » qui a perdu la majorité au Parlement au profit des islamistes d’Ennahda.

La rivalité entre les deux quinquas se double d’un désaccord politique. Mohsen Marzouk refuse la politique de consensus– avec Ennahda – prônée par Béji Caïd Essebsi. Marzouk veut lancer un mouvement soucieux de respecter les idéaux républicains et « laïcs » qui ont fait gagner Nidaa Tounes en 2014. En clair : les islamistes d’Ennahda sont des adversaires pas des partenaires. Une profession de foi partagée par nombre d’électeurs de Nidaa Tounes qui ont peu apprécié qu’un des invités d’honneur du congrès du parti au pouvoir n’était autre que Rached Ghannouchi, le fondateur d’Ennahda. « Ennahda et Nidaa Tounes sont les deux ailes de la colombe Tunisie » a–t-il déclaré à la tribune, au grand dam de certains congressistes. Est-ce un pas en arrière pour la Tunisie ?

Certains veulent y voir le retour d’un vaste parti unique ou au moins d’une direction bicéphale au détriment des petits partis ; d’autres craignent qu’Ennahda, premier parti au Parlement, n’impose son calendrier et des changements législatifs.

En fait, Béji Caïd Essebsi sait pouvoir compter sur Ghannouchi alors que la Tunisie est secouée par un péril djihadiste. Un point faible : l’accord repose sur ces deux hommes hier ennemis et qui ont appris à se respecter. Reste à savoir s’ils seront suivis par leurs troupes et pour combien de temps ?

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