Libre cours

J’avais une vague idée du côté espagnol de Maître Mohamed Ziane. J’ignorais en revanche qu’il a fait ses études secondaires à Genève en Suisse, foi de Wikipédia. Cet ancien bâtonnier de Rabat, titre qu’il avait obtenu de haute lutte contre les socialistes rbatis qui dominaient alors le barreau de la capitale, aurait pu en garder quelque raffinement ou une certaine discrétion qui rappellerait celle de la garde suisse du Vatican chargée de veiller sur la sécurité du Saint Père. Mais non, Ziane est un méditerranéen au sang chaud, le verbe haut, souvent un peu trop. Un vrai moros qui aurait pu grandir dans une caravane de Gitan. Ollé ! De 1965, début de sa carrière professionnelle, à aujourd’hui, il a changé de position mais pas de verbiage. C’est sa logorrhée qui a fait ce qu’il fut et ce qu’ilest redevenu après un long passage à vide. Il a bien essayé de rebondir en créant le parti libéral dont il a fait un réceptacle et un refuge au sens propre du terme pour les diplômés chômeurs. En vain. C’est peut-être son passage par le PPS, qui ne lui a pas laissé que de bons souvenirs, qui a fait de Ziane l’anti opposition démocratique au Maroc. A un moment où la libre prise de parole pouvait conduire non pas à Oukacha, avec un procès en bonne et due forme, mais à la disparition pure et simple dans la nature.

Maître Ziane, sur un arbre perché, n’était pas le gentil et naïf corbeau qui se faisait rouler par le premier canidé, mais un vrai renard qui sautait sur tous les camemberts qui se présentaient. Il était l’avocat de l’Etat quand l’Etat était un vrai rouleau compresseur. Grosse gueule, le Ziane d’aujourd’hui, qui l’ouvre à tout bout de champ, aurait été certainement terminé dans une fosse commune. Mais l’exubérant avocat, qui amuse tant actuellement la galerie par ses excès de langage et ses paraboles au-dessous de la ceinture, savait humer le vent politique et bien sentir l’odeur de l’argent même si celui-ci n’est pas censé en avoir. Il savait concocter les bons mariages, épouser les mauvaises causes dont l’une des plus célèbres a été de défendre le gouvernement en 1992 contre le grand syndicaliste que fut Noubir El Amaoui. Il avait osé traiter le gouvernement dans un journal espagnol de voleur. On soupçonne en vérité qu’il avait été poursuivi pour avoir revendiqué une monarchie parlementaire. Qu’il ait été député et conseiller municipal au nom de l’UC par bourrage des urnes, est dans sa longue carrière un détail de l’histoire. Sa nomination en 1994 comme ministre des Droits de l’Homme, pour prestigieuse qu’elle soit, n’a été ressentie que comme un pied de nez aux droits-hommistes. En prenant, malgré ce lourd passé la défense du chef de file des troubles d’El Hoceima, Nasser Zefzafi, Maître Ziane n’est pas un avocat, mais un acteur en représentation névrosée à la recherche des planches de salut qui lui prouveraient qu’il existait encore. Sa défense en rupture de Taoufiq Bouachrine s’inscrit dans le même registre : du mauvais café-théâtre pour parodie de mauvais goût.

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