Notre Drame

Par Vincent Hervouët

Sur le parvis de notre Dame, il y a un clou qui indique le point O. C’est à partir de là qu’est calculée la distance qui sépare n’importe quel village de la capitale. La cathédrale Notre Dame est bien le centre de la France. Son cœur historique, avec les soubresauts dont elle a été le témoin depuis mille ans. Son âme aussi, car elle a été dès l’origine dédiée à Marie/ Myriam qui fait l’objet d’une dévotion particulière et elle est en même temps, la cathédrale du peuple. C’est-à-dire ouverte à tous. Jadis, avec droit d’asile pour les réprouvés. Aujourd’hui, avec la déambulation des touristes même pendant les offices religieux. Notre Dame de Paris est un symbole national. Edifiée par la foi des artisans, illustrée par le génie des écrivains, témoin d’une grandeur. Il est naturel que l’incendie du monument ait remué les Français comme s’il s’agissait d’une tragédie.

On peut s’interroger sur l’écho planétaire de l’évènement. Il s’est consumé sur toutes les chaînes infos. Et pour cause : le monde entier connait cette silhouette. Dans la galaxie touristique, Notre Dame est une étoile, comme le Taj Mahal, le Capitole ou l’Acropole. Et même un peu plus, car avec « Le Bossu de Notre Dame », en film ou en comédie musicale, chacun cousine avec Esméralda et Quasimodo. Notre Dame est ainsi le pied à terre parisien imaginaire de beaucoup d’enfants, petits ou grands.

L’incendie a déclenché une déferlante de compassion, de quoi noyer tous les brasiers. Beaucoup ont compatit parce qu’ils souffrent de voir la France défigurée. Après la profanation de l’Arc de Triomphe, le saccage des Champs-Elysées, l’alerte terroriste qui fait patrouiller les parachutistes comme si la ville était le théâtre d’un coup d’Etat permanent, la déroute des gilets jaunes qui reviennent piétiner les pavés semaine après semaine et témoignent de la profondeur de la crise morale…

Aux yeux du monde, Notre Dame est la France comme les Pyramides sont l’Egypte. Peut-être qu’il faut cela pour que les Français réapprennent d’où ils viennent, qui ils sont, ce qu’ils doivent à leurs aïeux. Seule façon véritable de pouvoir aimer le présent et s’ouvrir au monde. Le grand élan de solidarité qui s’est manifesté rappelle les Français à eux-mêmes. Pas seulement à leurs racines chrétiennes. Une société ne peut se passer de transcendance, de sacré, de mystère. Un Etat ne peut vivre sans âme, uniquement obsédé par les comptes et la transgression de toutes les règles qui unissaient la société, lui donnaient un sens et un sentiment de cohésion. L’incendie de Notre Dame ne signe pas la fatalité de la décadence française. Mais c’est un rappel à l’ordre. Ici-bas, rien n’est éternel. Les Nations comme les monuments sont périssables. Il faut en prendre soin.

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