Quelle médiocrité !

Par Ahmed Charaï

La crise dite des contractuels s’amplifie. Des grèves durent depuis plusieurs semaines et les manifestations se multiplient, dont la dernière, celle du 23 mars à Rabat, a été imposante et a duré quasiment toute la nuit. La gestion de cette crise par l’exécutif est tout simplement catastrophique. Les forces de l’ordre se retrouvent à gérer des situations difficiles, à cause des erreurs du gouvernement et de son amateurisme.

Après avoir affirmé que les contrats à durée déterminée étaient un choix stratégique, le gouvernement a cédé et propose des contrats à durée indéterminée, avec les académies. C’est un choix qui s’inscrit dans le cadre de la régionalisation pour aboutir à la création d’une fonction publique territoriale, ce qui existe dans tous les pays qui ont opté pour la décentralisation. Mais ce gouvernement est inaudible !

La communication de nos jours est décisive pour la marche de l’exécutif. Or le gouvernement est tout simplement nul sur cet aspect. N’expliquant pas sa politique, quand il en a, il perd la bataille de l’opinion publique à chaque fois. C’est terrible pour la marche des affaires du pays. Ceci explique l’ambiance morose que nous vivons, alors qu’objectivement elle n’a pas lieu d’être. On l’a déjà vu sur la question de l’heure administrative, de la fiscalité et bien d’autres sujets. Cet exécutif est censé être politique et ne peut mettre son atonie, son incapacité à communiquer, sur le compte d’une prétendue technicité.

La majorité n’est pas fissurée, elle est en miettes. Elle n’a pas besoin d’opposition, elle en a plusieurs en son sein. Les déclarations des uns et des autres ridiculisent la vie politique dans ce pays et donnent l’image d’un exécutif impotent, incapable.

Cette médiocrité extrême a un coût. Elle installe l’immobilisme. Les milieux des affaires, en particulier, n’affichent pas la même confiance qu’il y a quelques années, ce qui impacte les investissements et donc l’emploi. La jeunesse formée, diplômée, est désabusée. L’émigration qui augmente est un indicateur sérieux de cette perte de confiance. L’incapacité à organiser un vrai dialogue social fait planer le risque de conflits sociaux catégoriels que l’économie peut supporter alors que la croissance est en berne.

L’exécutif ne peut se défausser sur aucune institution. Le gouvernement est le seul responsable de cette situation. Le renforcement de la défiance de la population, des doutes, de la morosité ambiante en est le résultat.

Il y a donc urgence à ce que l’exécutif se ressaisisse, resserre ses rangs, explique son action, sort de la médiocrité actuelle.

L’avenir du pays ne peut être hypothéqué par l’incurie d’un exécutif inaudible, aphone.

 

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