Trump/Kim Jong-un: La renvontre de deux bluffeurs   

Mireille Duteil

Mireille Duteil

Y a-t-il eu un gagnant et un perdant lors de ce sommet historique entre les deux plus grands egos de la planète, Donald Trump et Kim Jong-un, le président nord-coréen ? Il est de bon ton de dire que le président américain a fait les plus grandes concessions. Peut-être, mais il y trouvait son intérêt. L’entente américano-nord-coréenne est fragile. Quand deux monstres politiques, impulsifs et caractériels, conçoivent les relations internationales comme un combat de catch, celui qui, demain, s’estimera le perdant, renversera immédiatement la table.

Aujourd’hui, chacun peut se prévaloir de sortir la tête haute de cette première manche. L’un, le jeune Coréen, a réalisé le rêve de son grand-père et de son père qui avaient tenté, pendant de longues années, de se faire reconnaître sur la scène internationale et de légitimer leur dynastie et leur régime détestable. Aux yeux de son peuple, il sort vainqueur de sa confrontation avec le chef le plus puissant du monde, car il l’a non seulement fait venir sur son terrain, en Asie, pour cette rencontre, mais il s’est imposé à lui sans avoir renoncé, auparavant, à se doter de plusieurs bombes atomiques et de nombreux missiles. Le dernier et sixième essai atomique coréen date de septembre 2017. Ce fut aussi le plus puissant. D’ailleurs Kim Jong-un a diplomatiquement bien joué avant le sommet : il a pris soin de se rendre chez ses voisins chinois et russe. C’est avec leur soutien qu’il est arrivé à Singapour.

Autre gain pour Kim : plus question dans le communiqué final du sommet, de la dénucléarisation« totale, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord exigée auparavant par Washington. On s’accorde sur la « dénucléarisation de la péninsule coréenne », y compris donc celle de la Corée du sud où les Américains entretiennent plusieurs milliers de GI. Pourquoi Trump aurait-il lâché du lest ? Probablement parce que les deux parties y ont trouvé leur intérêt : Kim comprend que la dénucléarisation de son pays se fera sur le long terme et Trump peut faire valoir qu’il fera « bientôt » rentrer ses boys à la maison, ce qui était une de ses promesses de campagne. Et qu’importe si son grand allié dans la région, le président sud-coréen n’a même pas été mis au courant de ce « détail » et que le Japon est devenu inquiet.

Le président américain avait aussi – et surtout ? – un objectif de politique intérieure en organisant ce sommet : gagner les élections de mi-mandat en novembre. Il est sur la bonne voie. Non seulement l’économie américaine se porte bien mais Trump peut, désormais, grâce à la réconciliation avec un Kim Jong-un « neutralisé », promettre la paix aux Américains et se prévaloir d’être un négociateur hors pair qui a réussi là où ses prédécesseurs, en particulier Obama, ont échoué. En s’invitant réciproquement à Washington et à Pyongyang, à l’automne, Donald Trump espère donner une dernière estocade à ses adversaires démocrates.

Faut-il encore qu’entre l’impulsif Trump et l’imprévisible Kim, la lune de miel n’ait pas connu de nuages. Ainsi le jeune leader pourra-t-il accepter que Washington ne lève pas les sanctions économiques imposées à son pays alors qu’il a un grand rêve : transformer son pays, une dictature pauvre, en un régime autoritaire riche à la chinoise ?

 

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