« Trumpomania »

Le New-York Times a enchanté ses lecteurs en début de semaine. Il a raconté que Donald Trump traînait la nuit dans son palais. Qu’il trompait la solitude et l’insomnie. Que parfois, il regardait un film en peignoir. Le peignoir, le détail qui tue ! Grand succès sur les réseaux sociaux… Reprise mondiale ! On s’interroge : en satin ou en éponge ? On s’étonne. Est-ce que quelqu’un imagine qu’un chef d’Etat mette un uniforme, une armure ou un smoking pour regarder la télé dans le canapé ? Le quotidien, qui avait appelé à voter démocrate comme 99% de la presse écrite américaine, montre ainsi que le roi est… nu. Depuis qu’un juge fédéral de Californie a invalidé l’extravagant décret présidentiel qui fermait les frontières américaines aux Musulmans d’une demi-douzaine de pays, un rire moqueur accompagne tout ce que fait la Maison-Blanche. Comme une revanche. Parfois, le rire est amer mais reste une consolation. On l’entend en sourdine dans les ambassades, plus clairement dans les médias.
Ceux qui n’ont pas cru à la victoire de Donald Trump, qui n’en croyaient pas leurs yeux pendant sa campagne, ne veulent pas croire non plus qu’il soit président. Ils restent dans la sidération. Ils veulent démontrer que Donald Trump se renie, qu’il essuie des camouflets, qu’il n’est pas à la hau- teur. Les commentaires exagèrent les conflits au sein de l’entourage. Les sourdes rivalités entre les piranhas font l’atmosphère implacable mais ordinaire au sommet. A chaque alternance, la nouvelle administration peine à prendre les affaires en mains. La machine est tentaculaire. Nommer 4 000 personnes avait occupé Barack Obama pendant 18 mois. Avec D. Trump, la différence : chacun guette le faux pas. Evidemment, il y en a. Le Conseiller à la Sécurité nationale est le premier à se faire démissionner. Michael Flyn est trop bavard. Il a raconté que le Président lui avait téléphoné à 3 heures du matin pour lui demander s’il valait mieux pour l’économie américaine que le dollar soit fort ou faible. Bonne question qu’il aurait mieux fait de se poser, il y a un an. Le conseiller a fait la réponse qui convient : il a botté en touche. Normal, il est général ! Pas économiste. Le vrai pro- blème, c’est que l’affaire se soit ébruitée. Plus grave, Michael Flyn est accusé d’avoir, pendant la transition, rassuré l’ambassadeur russe dont trente subordonnés étaient en train de se faire expul- ser par l’administration Obama. Le général aurait promis au diplomate que les relations avec le Kremlin allaient s’arranger après la passation de pouvoir. Des banalités, de la complaisance, et beaucoup d’amateurisme, car la conversation téléphonique était évidemment écoutée par les grandes oreilles indiscrètes des services secrets… Le pire, c’est la déloyauté. Car Michael Flyn a nié avoir évoqué les sanctions quand le Vice-président Mike Pence lui a demandé des comptes. L’une des leçons à tirer de cette histoire, c’est qu’il faut s’intéresser au Vice-président Pence qui est un professionnel aguerri, familier du Congrès et très soutenu par la droite du parti républicain. Au milieu des amateurs et des débutants qui entourent Donald Trump, il prend ses marques et dis- crètement renforce ses atouts.
En fin de semaine, il sera en Europe, avec le Secrétaire à la Défense, le Secrétaire d’Etat et le chef du Pentagone. Un débarquement en force pour rassurer les vieux Européens que les déclarations de Donald Trump sur « l’Alliance atlantique qui ne sert à rien » ont ébranlés. Après tout, il y a de bonnes raisonsdecraindrequel’Amériqueserepliederrièresesfrontièresetabandonnelerôledegarant de l’ordre international qu’elle tient depuis son entrée en guerre après Pearl Harbour, en 1941. Les alliés des Etats Unis craignent à juste titre d’être abandonnés au chaos du monde globalisé.
On ne prête qu’aux riches et Donald Trump est très riche. Il a beaucoup promis et souvent n’importe quoi. Evidemment, il peine à passer aux actes. Ses déclarations à l’emporte-pièce se fracassent sur le mur de la réalité. Il prétendait faire la pluie et le beau temps. Il découvre que l’homme le plus puissant du monde dort mal. Gouverner un peuple n’est pas gérer une entreprise. Mener campagne ne prépare pas à exercer le pouvoir. C’est même le contraire. Le Président américain en conférence de presse après son entretien avec le premier ministre israélien en était ainsi réduit à mille contor- sions. « La paix avec deux États dans des frontières sûres » reste en ligne d’horizon. Quelle peut bien être l’autre solution qu’il a à peine esquissée ? Donald Trump est intentionnellement flou. « Rester imprévisible » est même son principe de négociations. Cela déconcerte les alliés mais prouve au moins qu’il veut jouer un rôle. A son tour, il est saisi par la tentation de réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué depuis 1948. Du coup, le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem qui est programmé depuis… 1995, au lendemain des accords d’Oslo et qu’il avait juré de lancer sitôt installé dans le bureau ovale, attendra. Il mettrait la région à feu et à sang, sans bénéfice pour personne. Et surtout pas pour l’Israélien qui cherche à renouer un dialogue discret avec les pétromonarchies du Golfe.

Voir aussi
laissez un commentaire