CLIP OBSCÈNE

Vincent HERVOUET

Vincent HERVOUET

C’est une vidéo pornographique qui fascine et fait honte à celui qui la regarde. Elle est faite pour cela. Les terroristes frappent à l’âme. Les assassins qui ont décapité au couteau l’alpiniste français qu’ils avaient kidnappé dans l’est de l’Algérie ont pris soin de filmer avec complaisance cette boucherie. Ils ont mis aussi des photos où ils brandissent leurs fusils, paradent avec leurs cartouchières et entourent le bourreau qui pose les jambes écartées et le couteau dressé. Sur les photos, ils plastronnent, comme s’ils venaient de reconquérir la Mecque. Alors qu’ils ont seulement tué un brave homme qui appréciait la vie au grand air, la montagne et ses copains kabyles. Ses derniers mots avant de subir le supplice serrent le coeur. Il témoigne de son amour pour sa famille. Discours universel des innocents condamnés. A l’inverse, les tueurs font des phrases et se justifient en dénonçant pêle-mêle les « croisés criminels en Algérie, au Mali, en Irak », en déclarant « venger les victimes en Algérie », en affichant leur « soutien au califat». Un charabia en arabe, pas en tamaziyt. L’habituelle propagande des terroristes qui se vautrent dans le sang en prétendant agir pour les autres. Qui traitent leurs victimes comme du bétail mais se présentent en victimes. Evidemment, ils mentent en justifiant leur crime rituel par la guerre en Irak. Mohamed Merah ou Mehdi Nemouch n’avaient pas attendu la bataille en cours pour se conduire comme des enragés. Le « message de sang pour le gouvernement français » n’est qu’une légende sous l’image. L’important, c’est le crime en vidéo, le sadisme criminel en action, la fête barbare. Le groupe Jund Al-Khilafa qui n’existait pas au printemps est formé d’anciens d’AQMI et du GIA. Les services spécialisés les voient comme des tueurs à gages, des mercenaires qui auraient agi à la demande de leur commanditaire : Daech, « l’Etat Islamique ». D’autres considère l’organisation comme de simples malfrats qui se conduisent comme de nouveaux venus sur le marché florissant de la haine radicale de l’occident en prétendant apporter l’offre la plus compétitive. Jund Al-Khilafa espère en tout cas avec ce clip sinistre s’être imposé au premier plan de la galaxie djihadiste qui pullule sur internet. Il faut voir comment Daech soigne sa production télévisuelle, comment son entrée dans Mossoul a été tourné avec quatre caméras, comment sont scénarisés les massacres pour comprendre que l’enjeu est jugé essentiel. C’est la conquête des esprits qui est en cause. C’est une volonté de toute puissance qui se met en scène. Simple et efficace sur les esprits faibles. L’enfer est pavé de mauvais clips. Un certain trouble nait de la réaction des autorités françaises. Le Président, son Premier ministre, son Ministre de l’Intérieur ont rivalisé de poses martiales en jurant qu’il n’était pas question de discuter avec des terroristes. A l’évidence, Hervé Gourdel a été abandonné à ses bourreaux. Pas question de gêner l’Algérie, qu’il faut ménager à cause du Mali et de la Libye… La France a une longue expérience en matière d’otages. L’affaire se répète depuis quarante ans ! La litanie a commencé au Tchad. Puis le calvaire du Liban, des kidnappings en Yougoslavie, dans le Caucase ou en Afghanistan, la génération d’Algérie avec notamment le martyr des moines de Tibhirine, les otages du Sahel et du Nigeria et les derniers en date, les journalistes réduits en esclavage en Syrie. Plus d’une centaine de cas ! Quelques morts seulement. De plus en plus, quand même. En général, le gouvernement français négocie la libération de ses ressortissants. La raison en est simple : si l’on s’en prend à eux, c’est en général pour faire payer à Paris sa politique étrangère. C’est parce que la France soutenait Saddam Hussein dans la première guerre du Golfe, que des chiites libanais aux ordres des Gardiens de la révolution iraniens ont enfermé des otages dans les caves de Beyrouth pendant des années. On pourrait multiplier les exemples. Avec les menaces proférées par Daech qui appelle à tuer les « sales et méchants Français », on croirait qu’il s’agit de la même chose. Que les terroristes de Kabylie voulaient faire cesser les raids aériens lancés vendredi, en soutien au gouvernement irakien. Simple mais faux. L’intervention de deux Rafales français après un mois et demi de bombardements américains n’avait qu’une portée symbolique. Elle ne changera pas le cours du conflit. Elle manifeste seulement la responsabilité qu’un pays du Conseil de sécurité prétend exercer, à l’appel de l’Irak et avec le soutien de la Ligue Arabe. Une posture. Ce n’est donc pas la politique étrangère de Francois Hollande que combattent les djihadistes mais ce que la France fait de mieux, sa culture, sa prétention à l’universalité, l’idée qu’elle se fait de la liberté. C’est tout ce qu’elle représente qu’ils rejettent. Sa nature même qu’ils veulent humilier. La liberté qu’ils haïssent ❚

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