Encore une guerre d’Irak

Vincent HERVOUET

Vincent HERVOUET

Cela fait plus d’un mois que les Américains bombardent les colonnes de djihadistes en Irak mais Barack Obama aura pris tous les conseils, tout son temps, toutes les précautions, avant d’assumer publiquement son engagement dans ce conflit. Il a été fidèle à sa réputation et pour cause : c’est la troisième fois que l’Amérique refait la guerre en Irak. A chaque fois, elle s’en est mordu les doigts. Il y a presque 25 ans, George Bush Père lançait la Tempête du désert pour chasser Saddam Hussein du Koweït. In extrémis, alors que l’insurrection chiite gagnait le Chat el Arab, l’Amérique posait l’arme au pied. Washington réalisait un peu tard que la chute du tyran irakien allait dérouler un tapis rouge à l’ennemi juré, aux Mollahs iraniens jusqu’à Bagdad. Il y a dix ans, George Bush fils relançait la chasse à l’homme et après avoir rasé l’Etat baas, s’emparait enfin du proscrit, exhibé et pendu comme un bandit de Western. Entretemps, l’Irak s’était effondré. Le pays le plus éduqué, le mieux équipé, le plus développé de la région régressait dans la violence aveugle, les règlements de comptes tribaux, la corruption générale. Comme s’il était passé du Moyen-Orient au Moyen-âge le plus sombre, il est devenu le champ clos de l’affrontement séculaire entre sunnites et chiites. Georges Bush fils avait accusé à tort Saddam Hussein d’héberger le réseau Al Qaida. Sur sa tombe a fleuri un rival terroriste dix fois plus puissant que ne l’a jamais été l’organisation de Ben Laden, l’Etat Islamique en Irak et au Levant. C’est le paradoxe de cette vendetta fatale menée par les Américains qui a dynamité tous les équilibres de la région. La revanche posthume de Saddam Hussein sera d’entraîner beaucoup de monde dans sa tombe. Personne aujourd’hui ne peut dire à quoi ressemblera le Moyen-Orient dans dix ans, si la Syrie, le Liban, la Jordanie, les émirats du Golfe ou même la Turquie perdureront dans leurs frontières. Qui peut croire que les Kurdes qui combattent aujourd’hui les djihadistes et qui ont désormais la main sur les champs pétrolifères de Kirkouk vont demain rendre les armes et les puits à leurs mentors occidentaux et retourner sagement sous la férule de Bagdad, d’Ankara ou de Damas ? Qu’est ce que les Peshmergas du PKK , milice considérée non sans raison comme une organisation terroriste par les Américains, les Européens, les Turcs, espèrent en s’enrôlant en première ligne sinon d’être reconnu comme un interlocuteur légitime dans un Kurdistan souverain ? Qui va remettre le dentifrice dans le tube ? La région n’est pas prête de répondre à l’utopie du Grand Moyen Orient poursuivi par des rêveurs de think-tanks néoconservateurs, avec prospérité pétrolière et démocratie importée, mais les dynamiques à l’oeuvre sont si fortes et si imprévisibles qu’il est impossible de savoir à quoi ressemblera ce Moyen-Orient quand il ne sera plus un champs de bataille. Cela va prendre du temps. C’est bien pour cela que Barack Obama s’y aventure comme à reculons. Le meurtre obscène et cruel des deux journalistes immolés par les djihadistes a retourné le coeur de tous ceux qui ont vu la vidéo et retourné aussi l’opinion publique. Le jour anniversaire du 11/09, Barack Obama part donc en guerre en Irak avec le soutien de plus des deux tiers des Américains que l’on croyait pourtant fatigués des expéditions sans fin et sans gloire au bout du monde. Il y retrouve un semblant d’autorité, il restaure son leadership. De même, François Hollande en perdition dans les sondages envisage d’engager des opérations militaires en Libye… Toute guerre est populaire pendant les trente premiers jours ! Ayant réuni son conseil de sécurité, ayant obtenu le soutien des pays de l’Otan et de ceux de la Ligue Arabe, le Président américain promet de mener une guerre aérienne, c’est-à-dire une guerre « zero mort », c’est-à-dire une guerre sans verser de sang américain. Mais il y a déjà plus d’un millier d’hommes au sol, notamment des forces spéciales pour guider les bombardements. Et comme nul n’a jamais vu une guerre gagnée du haut du ciel, et surtout pas une guerre anti-terroriste, on peut parier que l’engagement US ira croissant. On est seulement au début de l’histoire. Toute guerre est populaire pendant trente jours ❚

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