Trop d’oreilles et pas de parole

Vincent HERVOUET

Vincent HERVOUET

Au théâtre, on appelle cela la grande scène de l’indignation. Les acteurs sur-jouent l’étonnement, miment la colère, feignent de tout casser… et retournent en coulisses pour avaler un verre d’eau. Au lendemain de la diffusion par Wikileaks de notes qui prouvent que les services américains ont espionné sans trêve et sans honte les trois derniers Présidents français, la classe politique française unanime dénonce des pratiques  «inacceptables». L’ambassadrice américaine à Paris est convoquée au Quai d’Orsay par Laurent Fabius qui lui fait les gros yeux : scène de genre. Barack Obama est distrait de sa partie de golf par François Hollande qui lui prend un quart d’heure : communiqué officiel. Il est question de «réparer les dégâts». On en mesure mal l’ampleur tant on peine à comprendre l’intérêt des Américains à écouter aux portes de leurs alliés. Comme on juge une politique à ses résultats, l’évidence s’impose : les espions auraient mieux fait de surveiller les djihadistes de l’Etat islamique avant la conquête de Mossoul ou Palmyre…

Le plus surprenant est que Jacques Chirac, en fin de mandat, Nicolas Sarkozy puis François Hollande ont, tous les trois, été des partenaires exemplaires. En 2003, Paris menaça de mettre son véto à la guerre en Irak. Cela ne retint pas George Bush, hélas. L’Elysée s’efforça de recoller la vaisselle : le Liban lui en offrit l’occasion. Comme Washington, Jacques Chirac s’obstina à récuser le fait accompli syrien et le maintien du Président Lahoud. Rafic Harriri y perdit la vie mais la Révolution du Cèdre a chassé l’occupant du Liban. Depuis, un pli a été pris. La France ne s’est plus jamais affranchie. Les néoconservateurs ont imposé leurs lubies en bords de Seine et leurs lobbies à Bruxelles. A l’heure de la mondialisation, la France s’est découverte atlantiste comme elle ne l’avait jamais été depuis les débuts de la Vè République. Elle fait la guerre en Irak aux côtés des Américains, comme elle l’a fait hier en Afghanistan. Elle fait chorus sur la Russie et du zèle sur l’Iran. D’où ce paradoxe dans la relation avec les Etats-Unis : moins la France s’affirme, plus elle est espionnée. Plus elle semble s’aligner, moins elle est respectée.

Les perroquets médiatiques répètent que les nations n’ont pas d’amis pour toujours, seulement des intérêts qu’elles doivent défendre éternellement. C’est justement la tâche assignée aux services de sécurité. Wikileaks avait révélé en 2013 la mise sur écoute du téléphone personnel d’Angela Merkel. Pauvre Angela, fille de l’Est, victime de barbouzes un quart de siècle après la disparition de la Stasi ! La chancelière déclara : «L’espionnage entre amis, cela ne va pas du tout !». Ce que Wikileaks nous a appris depuis, c’est qu’au même moment le BND, les services extérieurs allemands qui dépendent directement de la Chancellerie mettaient sur écoute les délégations françaises pour le compte des Etats-Unis qu’intéressaient particulièrement tout ce qui touche à l’industrie de défense comme Eurocopter, EADS, le nucléaire, etc.

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