Abdelhay Demnati expose sa « mémoire en miniature»

Du 13 décembre 2018 au 13 janvier 2019, à la B&S Art Gallery à Casablanca

Rites féminins intimistes au sein des Riads, festivités, processions, souks et cafés populaires, Halkas, promenades, ruelles, apprentissages au sein de la Karaouiyine… la dernière exposition de l’artiste peintre Abdelhay Demnati « De la mémoire en miniature» se profile comme un voyage décoiffant dans l’univers pictural de cet artiste fassi ancré dans la tradition islamique.

Un mois durant, les cimaises de la galerie  B&S Art Gallery abritent les œuvres récentes de l’artiste-peintre Abdelhay Demnati dans une perspective esthétique animée par la tradition des miniatures arabo-islamiques. L’occasion pour les amateurs de l’art contemporain marocain d’avoir une percée dans le monde pictural résolument mystique de cet artiste, natif de Fès en 1962.  Ses compositions témoignent de sa volonté constante d’exprimer dans un langage purement architectural ou décoratif les replis de la sensibilité, la contemplation, l’extase, que se trouvent la signification esthétique de cet art et sa valeur humaine, non dans un pittoresque brillant, parfois facile, que le romantisme et le naturalisme ont trop souvent fait passer pour l’âme de son art. Rites féminins intimistes au sein des Riads, festivités, processions, souks et cafés populaires, Halkas, promenades, ruelles, apprentissages au sein de la Karaouiyine…

 

Dans ses oeuvres, trempées de formes géomtériques, il y a une jonction établie après coup par l’artiste-peintre entre sa manière à ajuster les couleurs pour exprimer l’exigence d’un renouveau spirituel.  Simple aspiration à l’infini et à l’absolu, recherche intérieure, théosophie, symbolisme…les œuvres de Demnati ont toujours été vues et appréciées sous un angle spirituel. Car, l’artiste accorde une haute importance à son vécu quotidien, à sa ville natale, à son architecture authentique et à la magie de ses rituels, sa mémoire collective. D’ici distille des images tantôt significatives, tantôt dynamiques. «A travers ces Kaléidoscopes non moins riches que symboliques se profile un schème artistique harmonieux dont l’unité de l’espace Fès garantit cohérence et grandeur.

D’une œuvre à l’autre, apparaissent donc des compositions décoratives, se multiplient au fil d’une expression graduelle, dans une relation perceptive fondée sur des formes qui se relayent ou s’interpénètrent.


L’objectif est de tracer et miroiter la relation étroite entre le côté expressif qui produit le sens et le côté décoratif qui travaille la sensation», indique  l’artiste-peintre et critique d’art Benyouness Amirouche sur l’œuvre de Abdelhay Demnati. C’est très justement dans cette perspective que cet artiste se permet de fonder sur de nouvelles bases les questions de l’image et du pictural, en les plaçant dans la dimension de l’affectivité. Lors de cette expérience,  il accorde une place décisive au sentiment.  Pourquoi s’arrête-t-on devant ses  tableaux, qu’est-ce qui nous y fascine ? Qu’est-ce qui y séduit et surprend les yeux du spectateur ?…Autant de questions auxquelles répondent ses œuvres.   Une tache de couleur ou encore un détail infime, à peine visible, sur la toile.  C’est ainsi qu’il invite le regardeur à discerner ce détail qui  devient alors visible et en même temps aussi dicible. Cet infime détail ou cet élément, qui se cache et qui attire pourtant le regard, proche de la légèreté et du sentiment, peut aussi  ne pas être visible parce qu’il réside dans une qualité difficile à mettre en mots, qui est liée au colorisme du tableau. La part invisible de sa peinture, c’est-à-dire le sentiment, devient  visible par la couleur.  Car ses compositions ne s’adressent pas seulement à l’intelligence; elles peuvent aussi émouvoir la sensibilité.  C’est la répétition des motifs qui donne son intensité à la décoration…

La répétition contribue à donner une unité à l’ensemble décoratif, en proposant au regard des points de repère et une certaine symétrie, mais encore elle favorise l’éclosion des sentiments mystiques. C’est même l’un des procédés les plus fréquents qui ne vise pas à convaincre la raison mais à exalter l’âme.

 

Sans conteste, les œuvres de Abdelhay Demnati suggèrent une sorte de dialogue avec le spectateur.  Cet échange visuel qui  s’établit alors entre le spectateur et la toile se fonde sur le plaisir paradoxal qui ressemble souvent à l’affliction et qui est sensible parce qu’on peut l’éprouver véritablement. De surcroît, ce plaisir s’augmente à mesure que l’affliction causée par la peinture est plus profonde. A partir de là, l’artiste crée aussi un contact harmonieux  entre les couleurs et les valeurs  voisines, donnant ainsi de la douceur au passage des unes  vers les autres.  De sorte qu’une  couleur et aucune valeur ne soit supérieure à l’autre.  Il  prend le contrôle sur cet univers qui devient alors  dépendant  de son  style de peinture et de ses propres intentions.

 

Par sa couleur et par sa forme, cet éclair auquel nous renvoient ces tableaux fait écho aux taches plus claires dans les parties gauche et droite.  D’abord, la tonalité de ses oeuvres nous semble palpitante, en dépit de son sujet et de son exécution, grâce notamment à la sinuosité des lignes tout en mouvement et les vibrations des couleurs. Cet effet d’appel  de la peinture de Demnati prend l’allure d’un coup de foudre car la toile appelle, elle-même, son spectateur d’une façon si brusque, voire brutale, qu’il soit impossible de lui résister.

 

 

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