Fatima Adoum « Je rêve d’interpréter la vie de Aïcha Ech-Chenna »

Remarquée pour ses rôles dans l’Assault de Julien Leclercq, Irréversible de Gaspar Noé ou Les Trois Frères des Inconnus, l’actrice franco-marocaine qui excelle dans les rôles de femmes courageuses, partage avec nous son penchant pour le grand écran. En justicière des temps modernes, elle avoue aimer relever les défis dans un monde où rien n’est jamais acquis !

Vous avez récemment été marraine de Sahraouiya 2017. Que signifie pour vous ce raid ? La sororité, c’est très important pour moi parce que j’ai grandi dans une famille de femmes, donc la solidarité féminine, c’est un sujet qui me touche énormément et je trouve que c’est exceptionnel que cette aventure a été organisée ici à Dakhla au Maroc, surtout avec toutes les idées qu’on peut se faire sur les femmes dans le monde.

Vous y avez également participé ? Oui, j’avais aussi envie de m’engager physiquement, j’ai couru, j’ai participé aux épreuves et c’est là que j’ai réalisé combien ces femmes étaient admirables et à quel point elles étaient prêtes à s’engager dans ce défi et dans le dépassement de soi.

A quand remonte votre passion pour le cinéma ? A 7 ans, en voyant « Il était une fois dans l’Ouest », j’avais très envie d’être Charles Bronson. Le désert me fascinait également, j’aimais ce côté justicier du héros. Toute petite, je ne supportais pas les injustices, je voulais défendre des causes nobles, c’est pour cela que je me suis engagée dans ce métier là.

C’est votre côté engagé ? D’abord, j’adore ce métier parce qu’il est lui-même un défi et un dépassement de soi. Ça me permet aussi de m’engager en tant que femme surtout avec mon image.

Qu’est ce qui vous séduit dans un rôle ? Les enjeux à défendre, d’ailleurs, j’ai interprété des rôles différents. Dans « l’Assaut » par exemple, j’étais une bourgeoise odieuse. Ça ne me dérange pas d’incarner ce genre de personnages durs parce que dans la vraie vie, ils existent et c’est important de les montrer aussi. Ceci étant, j’ai joué des rôles plus légers comme la comédie « Les Trois Frères » des Inconnus. Et comme je joue souvent des femmes courageuses, j’adorerais jouer un personnage haut en couleurs, ça m’amuserait de jouer une femme un peu fofolle.

Vous préférez les rôles de méchantes ou de gentilles ? J’aime tout du moment qu’il y a des choses intéressantes à défendre. Même si un personnage est détestable en apparence, il a forcément un côté humain qui le rend aimable. En tant qu’actrice, j’essaie de trouver quelque chose qui peut le sauver. Je suis convaincue qu’en chacun de nous, il y a une part de bonté, il faut juste la trouver et la défendre.

Le rôle dont vous êtes le plus fière ? Je suis chanceuse d’avoir incarné des rôles très différents. Dans la série suédoise « A place in the sun » de Peter Flinth, j’ai joué une marraine de la mafia marocaine. Cette femme, bien qu’elle ne soit pas admirable, elle a quand même sauvé une enfant recherchée par des gens qui voulaient la tuer, donc malgré tout, ce côté doux et protectionniste la rend humaine à mes yeux !

Pensez-vous un jour tourner avec des réalisateurs marocains ? J’adorerais, c’est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Je rêve d’interpréter la vie de Aïcha Ech-Chenna parce que c’est une combattante courageuse qui a un parcours exceptionnel.

Quand on évolue à l’étranger, est ce qu’on ne souffre pas un peu des stéréotypes, parce qu’on est d’origine arabe ? Vous savez, à l’étranger, c’est beaucoup plus ouvert qu’en France. Quand je travaille avec les Américains ou les Anglais, je peux aussi bien jouer une française qu’une maghrébine, une pakistanaise, une indienne ou une gitane. Je peux jouer une européenne du sud, une arabe du Moyen-Orient, d’ailleurs, on m’avait récemment appelé pour interpréter le rôle de Léa Rabbin dans le film NTB. En France, ça commence à bouger, la dernière série que j’ai faite avec Bruno Solo « L’hôtel de la plage », je ne jouais ni le rôle d’une voleuse ni d’une droguée ni d’une prostituée, chose qu’on avait encore en France il y a 10 ans !

Ce qui vous plait le plus dans ce métier ? Le partage et l’humilité. J’ai adoré travailler avec Sean Bean dans la série américaine « Les Jones », c’est un comédien humble et d’une générosité de jeu incroyable, tout comme Vincent Cassel d’ailleurs. Chez eux, tout passe par le regard. En fait, plus les comédiens sont talentueux, brillants et reconnus, plus ils sont simples.

Quel souvenir gardez-vous de Jude Law dans Sherlock Holmes ? Beaucoup de simplicité et d’humour. En fait, j’avais un petit rôle de gitane mais c’était très sympathique, Jude Law est drôle en plus d’être très beau et talentueux.

Même si un personnage est détestable en apparence, il a forcément un côté humain qui le rend aimable.

Votre source d’inspiration ? Tout a démarré avec Charles Bronson qui a été une figure très importante dans mon parcours. Il y a aussi des personnages comme Anna Magniani et Irène Papas que j’adore et qui sont des grandes dames très inspirantes par l’intensité de leur jeu. En France, Vincent Cassel m’impressionne énormément avec sa capacité à être rapidement dans l’instant présent et dans la vérité du jeu. Pour ce qui des réalisateurs, j’ai eu la chance de travailler avec des génies comme Gaspar Noé, Guy Ritchie, Newton Aduaka, Peter Flinth ou Christian Merret-Palmair. J’ai aussi envie de travailler avec José Padiaz, le réalisateur de la série Narcos, j’adore son cinéma très réaliste, sa mise en scène et sa façon de traiter les sujets.

Si vous n’étiez pas actrice ? Je serais chercheuse en cinéma, d’ailleurs, j’ai fait un Doctorat de Cinéma à la Sorbonne. C’est un peu le côté rat de bibliothèques qui m’attire, le fait de m’isoler et de faire de la recherche. J’essaie de comprendre comment ça fonctionne et lorsqu’on me parle d’un sujet, je me documente beaucoup, il faut que je trouve des éléments qui me permettent une véracité et puis, je suis toujours en train d’apprendre. D’ailleurs, je m’intéresse aussi à l’écriture.

Etre comédienne pour vous, est-ce un besoin viscéral ? Oui. Ceci étant, j’enseigne aussi en cinéma à la Fac à Paris XII depuis 5 ans parce que ça me permet à la fois de rester connectée et d’apprendre constamment sur moi, de me corriger parce que je suis convaincue qu’il ne faut pas avoir de certitudes, il faut toujours rester un peu dans le doute. Rien n’est jamais acquis, il faut toujours se remettre en question et c’est pour cela que je continue à suivre des formations pour me perfectionner et c’est pour cela que j’avais envie de partir à l’étranger.

Est-ce que les problèmes liés au terrorisme en France impactent votre travail ? C’est sûr que si Le Pen passe au pouvoir, ça aura un impact d’une violence extrême pour tous les comédiens typés, on aura plus de travail ! Ça sera aussi très compliqué au niveau des financements. En fait, cette situation a amené un cinéma un peu différent. En France, ils sont encore prudents, ils n’osent pas trop s’engager sur des sujets sensibles comme les Américains ! D’ailleurs, le film « Made in France » de Nicolas Boukhrief qui raconte l’histoire de 4 jeunes qui ont été enrôlés dans ce terrorisme sectaire a eu des problèmes pour trouver des distributeurs. La pièce « Jihad » par contre, inspirée du film « We are for lions », cartonne parce qu’elle use de l’humour pour traiter de choses graves. Je suis convaincue qu’on par l’humour, on peut faire bouger les choses et par les femmes aussi.

Les genres cinématographiques que vous aimez ? J’aime tous les genres sauf les films de guerre. J’aime aussi bien la comédie que le drame, la tragédie, j’adore Sheakspeare.

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