Jean Servais Somian Le sculpteur du cocotier

Jean Servais Somian

‘Le célèbre designer ivoirien Jean Servais Somian, surnommé « Monsieur Cocotier » partage avec nous sa passion pour le design africain international lors de la 1ère édition de l’Africa Design Days 2015*.’  

Nées d’un regard allant de l’art traditionnel africain à l’histoire de l’ébénisterie occidentale, les créations métisses de J.S. Somian allient avec élégance souci de fonctionnalité et pureté de la ligne. Chaque pièce s’impose par la subtilité de sa fonction et la sobriété de sa forme et sa vision contemporaine confère à ses créations un autre sens et une utilité ajoutée.

L’observateur du Maroc et d’Afrique . Comment est née votre passion pour le design ?

Jean Servais Somian : Je viens d’une famille d’ébénistes, et donc après mes études secondaires, je n’avais pas d’autre choix que de devenir ébéniste. Lorsque je suivais une formation au Centre de menuiserie et d’ébénisterie de Georges Ghandour à Abidjan, on faisait des copies de meubles, moi, ce qui me passionnait, c’était le travail artisanal africain. J’ai par la suite suivi une formation en design mobilier et agencement à l’agence de design et de conception Daniel Beck de Lausanne. Et c’est en 1998, lorsque je suis retourné en Côte d’Ivoire, que l’envie de créer commençait à se faire sentir. En 2002, cette passion s’est confirmée et cet engouement pour le design s’est accentué avec ma 1ère exposition à la Biennale du design international de Saint-Etienne, où j’ai rencontré le parrain du design africain, le malien Cheick Diallo. Par la suite, il fallait trouver sa ligne, sa touche, pouvoir se démarquer, …J’aime faire du « mobilier sculpture », à la fois fonctionnel et esthétique.

On vous surnomme Monsieur cocotier ?

Oui, je suis un grand amoureux du cocotier, c’est ce qui fait ma particularité depuis une quinzaine d’années déjà. C’est un vieil artisan qui m’a transmis cette passion, sauf que lui, fabriquait des petites pièces, moi, je voulais le travailler en grand. C’est un matériau qui est négligé chez nous et qui finit en feu de bois. Je voulais en faire un objet particulier et révéler sa beauté au monde. En fait, je décode l’arbre en mobilier, en sculpture et je cherche à sublimer son tronc. Je trouve que c’est le matériau le plus beau en termes de finition, de plus, sa couleur dégage une chaleur inégalable. Cela dit, il est difficile de le dompter et pour parvenir à l’objet fini, c’est tout un cheminement. J’ai d’ailleurs fabriqué des outils spécifiques pour le travailler. Aujourd’hui, on est plus en conversation, la bagarre est finie (rires). Ceci étant, tous les matériaux ma parlent, le bois, la pierre, le verre, c’est selon l’inspiration ou la demande.

Vos oeuvres sont pensées pour être fonctionnelles.

J’ai toujours aimé les formes, le courbes, la nature me passionne, je suis un grand contemplatif, je suis sensible à ce qui m’entoure. Je veux donner une lecture à mes oeuvres. D’ailleurs, l’échelle Dogon inspirée de l’art primitif malien, l’arbre bibliothèque ou le tronc à casier exposés, au-delà de leur aspect esthétique, ils ont tous un côté fonctionnel. L’objet doit être une oeuvre d’art, mais il faut aussi qu’elle ait avec une utilité.

Quel message cherchez-vous à transmettre ?

Je veille à ce que les gens reconnaissent ma propre touche. Ce qui m’anime, c’est que mon travail soit partout, qu’il puisse répondre aux besoins de mon pays, qu’on arrête de regarder de l’autre côté. L’Afrique doit aussi conquérir le monde, au travers de ce qu’on crée, c’est pour cela que notre travail doit être de bonne qualité et irréprochable.

C’est votre 1ère expo au Maroc.

Je suis très content de participer à l’Africa Fashion Days, c’est une porte qui s’ouvre, ça permet de donner une visibilité de ce qu’on fait dans nos pays. Ça va permettre de donner une impulsion au design africain pour qu’il continue à grandir, c’est une grande vitrine qui va nous permettre de découvrir le Maroc sous toutes ses facettes. D’ailleurs, le design marocain a déjà une visibilité internationale (Biennale de Dakar…).

Pensez-vous que le Maroc pourrait concurrencer l’Afrique du Sud à ce niveau ?

Oui, d’ailleurs, le Maroc en a les moyens et le voit clairement, en termes d’affaires. Avec cette initiative, le Maroc est en train d’amorcer quelque chose qui va continuer. Les designers marocains ne cessent de grandir et il faut que les autorités prennent conscience que c’est un enjeu international et qu’il est primordial de soutenir ce genre d’événements. En terme de design, le Maroc joue son rôle de pionnier, permet de donner une visibilité et de tirer les artistes vers le haut. Il faut créer des supports, des écoles de design, c’est un début et ça doit continuer…

Que pensez-vous du design marocain ?

Les designers marocains sont très innovants, ils ont le souci de s’adresser au monde et de ramener l’artisanat marocain dans sa dimension contemporaine. Il faut juste que le métier soit cadré, c’est à force de se confronter que l’expérience grandit.

Comment voyez-vous l’avenir du design africain ?

Je le vois avec beaucoup d’optimisme. Car, si le Vitra design museum en Allemagne et le prestigieux Guggenheim Museum Bilbao ont choisi de mettre en avant le design africain «Making Africa – A Continent of Contemporary Design», ça veut tout dire. Le design africain est le design du futur, de demain. Ce que nous créons, ce n’est pas que du mobilier, ce sont des objets avec une âme, avec des matériaux de chez nous, il faut juste créer des structures pour organiser le métier. Il faut que les créations prennent une valeur ajoutée, il faut être reconnu dans le monde entier pour signifier qu’en Afrique, il y aussi l’innovation et la création.

Le secret de votre réussite ?

C’est une démarche assez personnelle. Il faut être passionné, déterminé et avoir de la rigueur. Il faut donner le maximum de soi, et ne pas être dans le faux. Sans oublier bien sûr une petite dose de chance ✱

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