Yassine Hmichane : « Le vintage c’est rendre visible ce qui ne l’est pas ! »

Garder l’essence même de l’artisanat marocain à travers ses matières, ses couleurs et ses codes, tels sont les défis relevés avec brio par le jeune designer Yassine Hmichane. Influencé par l’approche simpliste et épurée de l’école allemande de Bauhaus, l’artiste qui excelle dans l’art de l’expérimentation en repoussant sans cesse les limites nous parle de sa collection d’objets autour du vintage organisée à La Galerie H à Casablanca.

 

 

 

 

Né dans une famille de designers et de créatifs, Yassine Hmichane a d’abord intégré l’école des Beaux-Arts de Casablanca avant de se rendre à l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan en 2015.

Il a participé à plusieurs expositions, workshops et projets artistiques à Tétouan. Ses expériences et sa ténacité l’ont poussé à co-fonder et organiser le premier évènement de design à Tétouan.

Amoureux du modernisme, Yassine n’hésite pas à défier les plus grands, en créant sa table Kandinsky, qui a connu un grand succès auprès de son public. La sophistication et la sobriété de ses travaux ne l’empêchent pas de s’inspirer de sa propre culture. Passant de la création d’objets virtuels à celle d’objets réels, en explorant sa culture et son environnement, il développe à partir de l’expression curviligne de l’artisanat marocain des créations aux formes géométriques simples aux formes géométriques simples.

 

Parlez-nous un peu de votre parcours

 Oui, mon père est architecte d’intérieur, mon oncle aussi, j’ai un autre oncle artiste, c’est un peu une histoire de famille chez nous. J’ai grandi dans un milieu artistique et j’ai toujours été fasciné par la bande dessinée depuis ma tendre enfance. Quand j’étais enfant, je faisais beaucoup de plans et petit à petit, je commençais à dessiner en perspective, à réaliser des scènes …je me suis penché par la suite vers la création d’objets parce que j’avais envie de voir mes dessins réalisés. Ensuite, j’ai fait des études à l’Institut National des Beaux Arts à Tétouan, et cette année, je prépare mon projet de fin d’études.

 

 

Vous aimez repousser les limites ?

 

J’aime un peu défier les lois et réaliser des choses qui relèvent de l’impossible. Au Maroc par exemple, on crée encore de manière artisanale et non industrielle ; il n’y a pas une véritable industrie mobilière, la production en série n’existe pas ! Or, nous avons besoin de cette industrie si on veut toucher plus de monde, et exporter nos créations  à l’étranger.

J’aime bien réaliser des choses rigides, structurelles, en fait, j’aime que la structure des choses soit bien visible et que le travail bien fini. Il faut montrer la beauté de l’intérieur, il ne faut pas que les choses soient cachées.

 

Qu’est ce qui vous attire dans le style vintage ?

 Ma principale source d’inspiration vient de l’école allemande du Bauhaus dont le but était de faire disparaître les barrières qui existaient entre l’art et l’artisanat, pour faire émerger une création artistique tournée vers l’utilitaire. Elle a pour principe une création plus simple et plus épurée, à l’image du célèbre « Less is more » de l’architecte Van der Rohe. Autrement dit, plus l’esthétique est épurée plus on donne de la valeur à la matière. Pour moi, le vintage c’est la révolution industrielle, c’est rendre visible ce qui n’est pas visible. Chaque personne a son vintage à lui, c’est très subjectif. Certains trouveraient des objets vintage parce qu’ils datent de 10 ans, d’autres verraient le vintage dans des objets ornés de fleurs, comme l’art nouveau. Le vintage c’est un style, une tendance, c’est plus relié à la couleur marron, au vinyle, aux rails de train…

 

Parlez-nous un peu des modèles exposés

 J’ai conçu un « fauteuil Thorax » avec une structure apparente, complètement enveloppé de vide. La structure métallique se trouve donc à l’extérieur du canapé, l’idée c’était de montrer chaque pièce à elle seule. J’ai aussi réalisé « la table Kandisky », en référence à la chaise kandisky réalisée par l’architecte et designer américain Marcel Breuer. Vous savez, c’est Kandisky qui est à l’origine du concept des lignes bien étudiées pour faire des assises sans éponge. La table entière est faite en métal galvanisé et simpliste mêlant un graphisme entre style berbère et celui de kandisky avec des motifs andalous.

La collection « Tea in » est inspirée de la vie au Sahara. J’ai donc imaginé un salon traditionnel avec une sorte de « tapis pouf » qui reflète les dunes du Sahara, exposé avec une théière en apesanteur et des tasses de thé… L’idée c’était de mélanger la céramique à de la fibre, …mon principe, c’est de réaliser une forme géométrique simple avec une forme arrondie, parce que le principe du Bauhaus ou de la révolution industrielle en général, consiste à simplifier les choses tout en leur conférant un côté épuré.

 

Que représente le design pour vous ?

 Pour moi, le design, c’est l’avenir, c’est le fait de pouvoir être en avance sur son temps. En 1919, Marcel Breuer ou Oscar Schlemmer étaient des avant-gardistes, aujourd’hui, on travaille toujours avec leurs principes ! Un designer doit repousser les limites, essayer de faire des choses difficiles, expérimenter en permanence.

 

Vos matériaux de prédilection ?

 Je préfère les matériaux nobles comme le cuir, le letton, le métal, ou l’inox…parce qu’on obtient toujours des œuvres de qualité. J’ai aussi un petit penchant pour nos produits artisanaux. J’aurais bien voulu travailler avec du plastique mais les artisans au Maroc maîtrisent peu ce genre de matériau !

 

Les artistes que vous admirez ?

 J’admire la personnalité du designer français Philipe Starck, parce que c’est un artiste qui assume pleinement ses choix. J’aime le style futuriste d’Oray to, et j’adore le travail de l’architecte Jean Nouvelle, un artiste qui n’a pas peur de relever des défis et de se renouveler en permanence.

Comment vous voyez-vous dans les prochaines années ?

 Je veux continuer dans le design bien sûr, mais je voudrais m’essayer à l’architecture, car c’est le premier art qui se base le plus sur la construction et les lignes.

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