Algérie, Une déliquescence visible

Ahmed Charaï

Les propos du ministre des Affaires étrangères algérien sur le Maroc ne méritent pas de commentaires, mais ils méritent une analyse. Que la nomenklatura qui dirige l’Algérie en soit réduite aux outrances n’est ni fortuit, ni imprévisible. Cette nomenklatura a perdu sur les deux terrains principaux face au Maroc. D’une part, elle ne représente plus rien en Afrique. De l’autre, elle a échoué à sortir l’Algérie de l’ultra-dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. Si on y ajoute que le système politique est totalement obsolète, on voit bien que le pays est dans l’impasse. Sur le plan d es relations avec l’Afrique, en Algérie même, le bilan a été tiré dès 2012 . Le quotidien « El Watan » a publié un article le 02 novembre 2012 intitulé : « Comment l’Algérie a perdu l’Afrique ». Cet article est documenté et s’appuie sur les témoignages d’acteurs importants. Il en ressort qu’Alger a pendant longtemps, trop longtemps, joué sur l’aura de la révolution, auprès des mouvements de libération qui ont généralement gardé le pouvoir post-indépendance. Le FLN a même créé le mythe du soutien à Mandela, alors que celui-ci a été reçu au Maroc, financé par le Maroc, que c’est feu Abdelkrim El Kkatib qui lui a livré les premières armes, et q ue c’est vrai que pour des raisons logistiques, les premiers guérilleros ont été formés à Oujda, dans les cam ps du FLN, abrités, financés, protégés par le Maroc fraîchement indépendant. Cette relation a été battue en brèche par l’évolution de l’Afrique et l’éloignement de ce que certains appellent le romantisme révolutionnaire. L’Algérie, en liaison avec l’affaire du Sahara et son souci d ’engranger des soutiens, est entrée dans une stratégie sans issue. Mourad Goumri, un universitaire algérien, déclare dans l’article susmentionné : « Notre stratégie africaine étant construite sur une politique distributive d’une partie de la rente, elle s’est effondrée en même temps que cette dernière s’épuisait ». Il affirme : « a une cer taine époque, tous les chefs d’État Africains repartaient avec un chèque ». La décennie terroriste a lourdement impacté la présence algérienne en Afrique. Mais ensuite, c’est la politique de Bouteflika qui est mise en cause. Il n’a jamais effectué de visite bilatérale en Afrique et a mis toute son éner gie, quand il en avait, dans les rapports avec le Nord de la Méditerranée. Même quand les réserves étaient importantes grâce à la hausse des prix du gaz, il n’a ni initié, ni encouragé, aucun projet de co-développement avec l’Afrique. C’est le constat d’un journal algérien en 2012 . La situation actuelle est très claire. La présence économique du Maroc est forte, non pas grâce à une q uelconque rente, mais grâce à une vision d u co-développement, initiée et propulsée par le Roi Mohammed VI, dans laquelle le secteur privé joue un rôle essentiel. Les pays africains, et pas uniquement ceux de la CEDEAO, mesurent l’importance de ce projet pour leur propre dév eloppement. Le Maroc a eu l’intelligence de ne pas lier ces projets à d es positions politiques des États concernés, même sur le Sahara. Le résultat, c’est le retour du Maroc dans l’Union Africaine, en force, et la perte d e crédibilité de l’Algérie, qui a longtemps utilisé la corruption pour arriver à ses fins. C’est cette nouvelle réalité qui exaspère la nomenklatura qui dirige l’Algérie. En même temps, l’Algérie, malgré des décennies d’excédents, n’a pas réussi à bâtir une économie forte. Ni le Tourisme, ni l’Agriculture, ni les industries de transformation n’ont pu se maintenir. Le système bancaire est très fragile, l’affaire Khalifa le prouve. Ce sont les Chinois qui construisent les logements sociaux. Seuls les rentiers, liés au régime, peuvent développer leurs affaires. Contrairement aux paroles insensées de Messahel, les rapports internationaux sont défavorables à l’investissement en Algérie. Au Maroc, les difficultés existent, mais l’économie prospère, les investissements étrangers affluent, un processus d’industrialisation est enclenché et surtout l’économie rentière est battue en brèche. Ce qui dérange la nomenklatura algérienne, c’est que sans pétrole, l’agriculture marocaine est capable de nourrir la population, à des prix abordables, que la crise du logement est moins aigue que chez eux, que l’entreprenariat des jeunes se développe, etc. Messahel ne représente que le dépit d’une nomenklatura qui, malgré les milliards de dollars, a échoué à satisfaire les besoins basiques de son peuple. L’expression de cette exaspération montre à quel point le système algérien est dans une impasse. « L’ennemi extérieur » est une stratégie éculée qui ne prend plus. Les élites algériennes qui visitent le Maroc, dont une partie s’y est réfugiée lors de la décennie noire – le ministre de la Communication Hamid Grine, par exemple – connaissent ce pays. Les plus courageux ont dénoncé les outrances de Messahel. Le Maroc doit persévérer dans sa politique africaine en la performant par une stratégie d’évaluation, sans en faire une arme contre nos voisins de l’Est, même si c’est leur perception, parce qu’ils sont obsédés par le Maroc. On aurait pu rêver d’un couple Rabat-Alger, menant une véritable politique africaine. Cela viendra, quand le système politique algérien débouchera sur une démocratie liée aux intérêts des populations. L’amitié entre les deux peuples est forgée dans le sang. Le régime des militaires n’est qu’une parenthèse.

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