Anti-terrorisme Une responsabilité collective

Ahmed Charaï

Ahmed Charaï

Dans sa lettre aux membres de la famille Ibn Ziaten, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’assassinat de leur fils par Merah, le Roi Mohammed VI a insisté sur la nécessité de l’engagement de toutes les consciences vives contre l’obscurantisme, le djihadisme. Au Maroc, les responsables de la sécurité, Abdellatif Hammouchi en tête, sont loués pour leur efficacité. C’est une vérité établie, puisque les plus puissants des services des pays démocratiques, reconnaissent cette efficience et cette expertise. Maintenant, comme le dit le patron du BCIJ, cette guerre ne peut être gagnée par le seul effort des sécuritaires. Il en appelle à toutes les forces vives de la Nation, et il a raison. Chaque semaine, pratiquement, les sécuritaires mettent hors d’état de nuire des personnes radicalisées, prêtes à passer à l’action et à perpétrer des actes violents contre les civiles, contre leur propre pays. La réussite des services n’est en rien une garantie pour l’avenir, le risque zéro n’existant pas. La bonne question à se poser est de savoir pourquoi notre société produit autant d’aspirants-djihadistes. Les élites marocaines ne peuvent plus se cacher derrière leur petit doigt. Des centaines de Marocains sont tentés par l’extrémisme djihadiste et le cheptel se renouvelle sans cesse. L’école a failli, le système éducatif ne crée plus des citoyens attachés au devenir de leur pays. C’est un fait, mais on ne peut pas s’arrêter au niveau des constatations. La défaillance est beaucoup plus générale que celle d’un système éducatif défaillant auquel, d’ailleurs, tous n’ont pas accès. Les intellectuels marocains ont déserté le combat idéologique. Ils sont responsables parce qu’ils n’affrontent pas directement les théories essentialistes, antiuniversalistes, que pour un confort intellectuel. Ils préfèrent les sujets plus ou moins consensuels, faisant souvent des compromis, au nom de la spécificité. Les partis politiques ne sont pas en reste. Au nom de « nous sommes tous musulmans », ils refusent de combattre l’idéologie qui sous-tend le terrorisme. Un responsable politique avait cité Ibn Taymyya comme sa référence lors de la campagne électorale. On se pose toujours la question si cette sortie était seulement dans un cadre provocateur et électoraliste. Même si c’était le cas, il faut rappeler que cette « référence » est partagée par Al Qaida et Daech. Aucun parti n’avait à l’époque entamé un débat là-dessus. Les familles sont contentes quand un enfant devient rigoriste, et pleurent son passage au terrorisme. Les médias soutiennent le conservatisme, même quand il s’agit de violences homophobes ou contre le droit des femmes à disposer de leur corps. Nous sommes tous, collectivement et individuellement, responsables de la lutte anti-terroriste. Celle-ci est sécuritaire, certes, mais elle est d’abord sociétale. Nous fabriquons des djihadistes parce que les Oulémas se cachent ; l’école, les associations, les partis politiques ont démissionné. Le risque zéro n’existe pas, seul le réveil de la société peut nous éviter une nouvelle blessure.

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