Diplomatie, Macron remet la France au centre

Ahmed Charaï

Il a suffi d’une visite surprise à Ryad pour que le Président français donne une ouverture, une possibilité d’issue à la crise libanaise et à l’affaire Hariri. Il l’a fait parce qu’il est respecté par les autorités saoudiennes qui savent que la France est très attachée à la stabilité et à l’indépendance du Liban. Maintenant, il faudra qu’il puisse intervenir pour la baisse des tensions dans la région et surtout pour maîtriser le désir iranien d’hégémonie dans la région. Sa position sur l’accord nucléaire qu’il veut maintenir, tout en discutant sur le reste, et il se montre intraitable dans sa critique de l’interventionnisme iranien, lui permet de rester un interlocuteur accepté par les deux camps. Dès son élection, le Président français a montré sa détermination à parler avec tout le monde, sans céder sur les principes. Contrairement à d’autres dirigeants européens, il a refusé d’ostraciser Donald Trump, même après la sortie de celui-ci de l’accord de Paris. Il l’a reçu pour le 14 juillet et maintient avec lui des liens courtois, parce qu’il sait que les USA sont incontournables, quel que soit leur Président. Il en a fait de même avec Vladimir Poutine, reçu dans le faste de Versailles et qui entretient désormais avec la France un rapport d’interlocuteur privilégié au sein de l’Europe. L’Europe est justement l’un des chevaux de bataille d’Emmanuel Macron. Il veut en relancer l’idéal, améliorer sa cohésion sociale, instaurer un ministère des Finances européen. Il veut que l’Union européenne développe une politique étrangère et de défense commune pour peser sur les affaires du monde. C’est d’autant plus une urgence à ses yeux que l’Amérique cherche à se désengager de plusieurs dossiers brulants, tel que celui de la Syrie, par exemple. La difficulté sur ce point c’est que le Brexit, puis les difficultés actuelles de Madame Merkel, affaiblissent sa vision. En Allemagne, les libéraux ne veulent pas d’une Europe où l’Allemagne paierait pour les autres et refusent le renforcement de l’effort militaire. Emmanuel Macron a aussi un projet novateur pour l’Afrique. Il veut que la lutte antiterroriste au Sahel soit menée par les États de la région, mais avec le soutien de l’Europe. Il n’a pas réussi à convaincre les États du Nord et les anciennes républiques de l’Est. Ceux-ci considèrent que l’Afrique n’est pas une zone d’influence. Les montants proposés sont largement insuffisants, estime Driss Deby, le président du Tchad, qui a l’armée la plus aguerrie de la région et qui met déjà une force de cinq mille hommes face à Boko Haram. De même qu’Emmanuel Macron veut lutter contre l’émigration clandestine en renforçant la coopération avec les pays émetteurs, quitte à ouvrir la possibilité à des quotas pour une émigration légale. Cette vision diplomatique globale est portée par une activité réelle du Président français qui multiplie les rencontres au sommet. Cela lui donne une vraie stature internationale et la presse spécialisée s’en fait l’écho. Il veut porter la voix de la France et renouer avec la tradition gaulliste d’une diplomatie indépendante abandonnée depuis François Hollande. C’est l’histoire qui déterminera s’il a réussi. Car comme décrit plus haut, les difficultés en Europe constituent un vrai handicap, pour ces visées. Il faudra ensuite qu’il réussisse à rétablir la situation en France, sur les plans, économique en baissant le chômage, social en réduisant les fractures et les tensions communautaires et enfin sécuritaire. S’il y réussit, sa stature internationale sera renforcée. En attendant, il pose les jalons d’une diplomatie proactive.

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