La France
 est-elle réformable ?

Ahmed Charaï

Ahmed Charaï

Il y a un paradoxe en France. Lors des élections présidentielles, le peuple a manifesté son désir de changement d’époque. Ce que l’on a appelé le
« dégagisme » a abouti à l’affaiblissement des deux grands partis traditionnels et à une forte remise en question au sein du Front national. Le Président élu, Emmanuel Macron, novice en politique, vient du milieu des affaires et a été élu sur un seul programme : LA REFORME.
Cependant, dès qu’il a mis en marche son projet, les vieux clivages sont réapparus et les oppositions se coagulent empêchant le gouvernement de réformer en profondeur. Pourtant, le constat est unanime, il faut réformer l’État, réduire ses dépenses, réformer le modèle social pour le pérenniser, réduire la pression fiscale pour attirer les investisseurs. Tous les économistes sérieux le disent depuis plus de dix ans.
La Suède et l’Allemagne ont réalisé ces réformes il y a longtemps, à chaque fois avec des résultats brillants : réduction du chômage et forte croissance. Il est à noter que ce sont des gouvernements sociaux-démocrates qui ont mené ces réformes avec le soutien de syndicats, pourtant très puissants.
En France, les postures l’emportent sur les positions. Les syndicats, très divisés, restent attachés à des acquis catégoriels obtenus dans une conjoncture favorable. Déjà fustigés par d’anciens locataires de l’Élysée, les corps intermédiaires sont, de toute évidence, ultraconservateurs et freinent le désir de réforme.
Pourquoi un constat consensuel n’aboutit-t-il pas à des réformes consensuelles? La réponse à cette question est à rechercher dans une tradition politique et culturelle spécifique à la France. L’Allemagne a été gouvernée pendant 8 ans par une alliance gauche-droite autour d’un programme commun. Impossible à imaginer en France. Pourtant, le « et de gauche et de droite » de Macron offrait l’espoir d’y arriver. Mais les vieux réflexes réapparaissent avec une violence verbale inouïe, où les petites phrases l’emportent sur le débat de fond et le masquent presque totalement.
Tous les pays méditerranéens ont besoin d’une France économiquement forte. Pour le Maroc, Paris reste le premier partenaire. L’Europe n’a de cesse de réclamer à la France des réformes structurelles pour pouvoir respecter les engagements de la zone Euro.
Ceux qui, pour résister à la réforme, nourrissent les suspicions envers l’Europe prennent un risque face à l’Histoire. La France et l’Allemagne, le fameux couple, sont le moteur de la construction européenne, en difficulté. Or, pour que cela fonctionne, il faut que les deux économies soient dans les mêmes dispositions.
On est loin de ce cas d’espèce, ce qui ne peut que déséquilibrer les rapports.
La France est réformable, parce que la réforme est une nécessité. Il faudra donc s’attendre à des changements de fond dans la manière de faire de la politique, du syndicalisme, le dialogue social. Parce que la réforme est une nécessité, les corps intermédiaires finiront par abandonner les égoïsmes corporatistes pour s’insérer dans un projet global.
Il faut souhaiter à la France que ce processus soit rapide. La croissance retrouvée n’est pas assez soutenue pour faire reculer le chômage de masse. Il est impératif que les réformes structurelles se mettent en place pour que la relance soit pérenne. C’est une vérité économique, elle n’est ni de gauche, ni de droite.

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