La Nation

Ahmed Charaï

S’il y a une valeur qui a cimenté le Maroc tout au long de l’histoire, c’est bien celle de la Nation. La Nation c’est ce qui a permis la victoire lors de la bataille des trois Rois. La Nation c’est ce qui a permis de reconquérir l’indépendance grâce à la symbiose entre le Trône et le peuple. La Nation s’est exprimée à travers la ferveur populaire autour de la Marche verte. C’est le souci de l’intérêt de la Nation qui a toujours guidé nos grands leaders, même aux pires moments des tensions politiques et quand ils étaient dans l’opposition. Allal El Fassi est mort en Roumanie en pleine mission pour l’intégrité territoriale alors qu’il était dans l’opposition. Abderrahim Bouabid en a fait de même, alors que les cadres de son parti étaient en prison. Lui-même incarcéré, il a tenu, dès sa sortie, à maintenir l’USFP dans les institutions au nom des intérêts de la Nation. Ali Yata, pourtant communiste, a toujours agi dans ce même esprit. Il aurait même acheté des armes de la Tchécoslovaquie pour l’armée marocaine dans sa guerre pour le Sahara, alors que le monde était en pleine guerre froide. Tout ce que le Maroc postindépendance a construit l’a été grâce à l’attachement de tous à cette belle idée de Nation et à cette fierté d’appartenance qui caractérise les Nations pétries d’histoire comme disait Lyautey. Si nous avons dépassé des situations tumultueuses, construit un État moderne, une économie qui prospère sans pétrole, une démocratie en marche et crédible, c’est parce que, à chaque stade, la raison du coeur, de la passion de la Nation s’est imposée. Ce que l’on a vu depuis les élections du 7 octobre est indigne de cette histoire, de sa charge émotionnelle, de ce que nos parents nous ont légué de plus cher. L’intérêt de la Nation n’est pas dans ces petits calculs mesquins, qui laissent le pays sans gouvernement depuis 4 mois, alors que plusieurs urgences sont à son agenda. Si tous les partis sont responsables, il y a des degrés. En insultant tout le monde, en lançant son armée des réseaux sociaux contre toute critique, même émanant d’un simple observateur, le PJD ne développe pas une attitude démocratique, c’est le moins que l’on puisse dire. Arrivé premier, ce parti a besoin d’alliances pour atteindre la majorité. L’intérêt de la Nation devrait le pousser à faciliter cette entreprise et non pas chercher une quelconque hégémonie en s’attaquant publiquement aux dirigeants des autres partis. La Nation a pour perspective historique le développement, la modernité et la démocratie. Ce triptyque fonde le vrai consensus national, ce pacte, qui ne saurait être remis en cause par des manoeuvres partisanes. Le Roi, incarnation de la Nation, assume pleinement sa charge et ce sur les trois axes du triptyque. La Nation voudrait que les structures partisanes se mettent à ce diapason. Servir la Nation n’est pas une servitude mais un immense honneur. Ceux qui ont la chance de le faire parce qu’élus par le peuple, devraient ressentir encore plus la responsabilité qui est la leur. Servir la Nation, c’est la mettre au-dessus de tout autre intérêt. Il est temps de remettre la Nation et ses intérêts au centre du débat. Et gloire à nos anciens qui ont toujours su le faire.

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