Manque de vision

Ahmed Charaï

Mardi dernier était une journée internationale de lutte contre la pauvreté. Le discours royal, face à la représentation nationale a justement ciblé ce problème. Le Roi Mohammed VI a fustigé les disparités sociétales et a réclamé un nouveau modèle à inventer qui soit plus inclusif. L’INDH a joué son rôle, mais elle n’est pas la panacée. Selon le Haut-Commissariat au Plan, il y a près de 3 millions de Marocains vivant en dessous du seuil de pauvreté. Ce chiffre est faux, pour des questions de critères. Le salarié qui perçoit 3000 DH, et qui doit faire vivre une famille à Casablanca, est pauvre, très pauvre, puisque le loyer et le transport représentent plus des deux tiers de son budget. Le constat est clair et il est largement partagé. Les inégalités sociales et régionales se creusent au fil des gouvernements. Le PJD dirige l’Exécutif depuis 2011. Alors que ce parti a fait campagne en laissant entendre par des slogans que sa priorité était la justice sociale, dans les faits, il n’avait aucune vision puisque le constat, les chiffres sont encore plus alarmants. Le drame est dans le vrai rôle de la classe politique par rapport à ces problèmes graves, qui risquent de menacer la stabilité du pays. Si tous les gouvernements font la même politique, c’est parce qu’aucun parti n’a de vision sociétale, déclinée en programme à défendre. Ils veulent tous créer des emplois, lutter contre la pauvreté, mais n’ont aucune mesure forte à proposer. Mais quand le Roi invite à un nouveau modèle de développement, cela ne concerne pas uniquement les politiques. La société entière est concernée. Les chefs d’entreprises, nos industriels, doivent s’inscrire plus dans le social, l’environnemental. Il faut mieux partager la valeur créée, par plus d’emplois, plus d’investissement. Le gouvernement El Othmani a décidé de créer une commission, encore une ! Celle-ci devra proposer des axes pour la lutte contre la pauvreté. C’est juste abscons. Le Maroc ne peut pas copier les expériences étrangères, mais il peut s’en inspirer. La Bolsa familia brésilienne, l’aide directe aux familles nécessiteuses, en même temps que le démantèlement de la Caisse de compensation est une piste sérieuse. Le développement des services publics, l’accompagnement personnalisé des chercheurs d’emplois, l’aide à l’auto-emploi, sont aussi à étudier. Mais il nous faut d’abord questionner la classe politique sur sa conception du modèle de société, ce à quoi elle ne répond jamais. Les solutions libérales ne fonctionnent pas. Il suffit de voir le nombre d’affiliés à la CNSS pour évaluer le poids de l’informel. C’est à l’État de mener, par le biais de la fiscalité, un projet de « réparation sociale », sans tomber dans l’assistanat. Réintégrer des millions de Marocains dans le système productif, en leur permettant d’accéder à un niveau minimal de consommation, c’est de la justice sociale, mais aussi de la cohérence économique. Aucun parti n’a la moindre vision là-dessus. Mais encore une fois, cette responsabilité est collective. Nos intellectuels, nos économistes ne produisent rien d’autre que des constats. Or, il nous faut un véritable débat public sur les moyens de sortir des millions de Marocains de la pauvreté extrême. C’est un défi qu’il nous faut relever rapidement. Il y va de la stabilité du pays.

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