Munich – Les nouveaux enjeux sécuritaires

Ahmed Charaï

Ahmed Charaï

La conférence sur la sécurité, qui s’est tenue en Allemagne, est un véritable carrefour qui éclaire sur la marche du monde. Une question pesait de tout son poids, celle du rôle des USA de Donald Trump dans l’ordre international. Le nouveau locataire de la Maison Blanche avait déclaré que « l’Otan était obsolète » et propose un nouveau deal avec la Russie. Jamais la représentation américaine n’a été aussi forte, lors de la tenue de cette conférence sur la sécurité, qui en était à sa 53ème édition : le Vice-président Pence se voulait rassurant, tout en estimant que les Européens devraient participer un peu plus à l’effort militaire. John McCain, célèbre Sénateur républicain, deux fois candidat malheureux à la présidence, a parlé « d’ordre mondial qui peut décliner et tomber ». En fait, ces inquiétudes exprimées, sont le reflet d’une réalité objective, celle du multilatéralisme, comme l’a dit Angela Merkel. La réalité c’est qu’il y a un monde multipolaire, porteur de dangers, mais aussi d’opportunités. En Europe de l’Est, le danger c’est une Russie revancharde qui n’a pas hésité à annexer la Crimée et à soutenir la rébellion des russophiles de Donetsk. En Europe du Sud, le premier défi sécuritaire est le terrorisme et donc l’autre flanc de la Méditerranée, du Sahel au Moyen Orient. Pour les USA, stratégiquement, même sous la direction de l’Administration Obama, l’épicentre s’est déplacé vers l’Asie. Ce désengagement américain, qui est une perspective historique, pose à l’Europe, de manière lancinante, la question de la défense commune. On le voit d’ailleurs dans les débats électoraux en France et en Allemagne, surtout après le Brexit. Le seul point commun, c’est la nécessité de la lutte contre le terrorisme. Tous les participants en font une priorité, même la Russie. Mais chacun selon sa pendule, parce que le jeu des puissances régionales et des alliances prête à confusion, les objectifs stratégiques n’étant pas les mêmes. Mais à Munich, les participants ont préféré afficher l’unanimité face au monstre terroriste. L’élément nouveau qui a émergé lors de cette conférence, c’est la cyberguerre et son danger pour la démocratie. On connaissait les risques liés aux infrastructures, à l’espionnage technologique. Désormais, c’est la marche même des institutions démocratiques qui est en danger. On a suivi tous le débat virulent aux USA sur la « probable » influence russe durant la compagne présidentielle. Les Allemands soupçonnent une attaque contre le parlement en 2015. Emmanuel Macon, candidat à la présidentielle française, dénonce des centaines d’attaques de hackers contre son site qui seraient en provenance de Russie. La présidente estonienne a appelé les Européens à « coopérer pour protéger les démocraties des ingérences et des « fake news ». C’est dire si le problème est lancinant. Cette cyber-guerre interpelle tous les pays. Si les systèmes les plus protégés sont, à ce point, vulnérables, que dire des autres ? Or, l’expérience démontre qu’une puissance étrangère peut intervenir dans une campagne électorale et avantager le candidat de son choix. C’est historiquement inédit, et c’est un nouvel enjeu sécuritaire pour les démocraties. Pour le moment, il n’y a que le constat qui est fait.

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