Quelle réforme pour l’école ?

Ahmed Charaï

Depuis sa nomination au ministère de l’enseignement, Mohamed Hassad multiplie les sorties. Il a annoncé des aménagements physiques, le retour de l’hymne national, la réduction du nombre d’élèves par classe et un contrôle plus sévère de l’absentéisme. Que de bonnes intentions, mais sans vision globale. L’activisme de Hassad ne risque pas de révolutionner l’école, ce qu’il n’ambitionne pas, du moins pas ouvertement.
Ahmed Akhchichene avait choisi un excellent slogan « L’école au cœur de la Nation ». Il faut le reconnaître, son programme d’urgence, malgré ses insuffisances, se situait au moins dans une vision sociétale de la réforme de l’école. Malheureusement, il s’est confronté au mur des conservatismes, au corporatisme syndical, et les résultats n’ont pas été au rendez-vous.
Aujourd’hui, la descente aux enfers du système éducatif est liée à une véritable perte de repères. Les familles, dans les couches populaires, ne sont plus attachées à la scolarité de leurs enfants, parce que la promotion sociale n’est plus au bout. Le corps enseignant n’a plus de vocation militante, les comportements déviants sont la règle. Un ministre de l’enseignement marocain devrait avoir honte en comparant le Maroc, en matière d’enseignement, à un pays comme le Rwanda. Sortant d’un génocide, ce pays a décidé d’adopter l’anglais au lieu du français, d’utiliser les nouvelles technologies et obtient d’excellents résultats. Même le Bénin fait beaucoup mieux que nous.
Pour réformer l’école, il faut une vision du rôle que l’on assigne à celle-ci. Croire qu’il suffit de quelques peintures et du retour de l’hymne national pour redonner à l’école son lustre est une voie sans issue et, malheureusement, on s’y engage.
Il faut arrêter de se payer de mots. Le budget, très conséquent, de l’Éducation, est dilapidé. L’enseignement fondamental est très mal assuré. Les enfants arrivent au collège sans avoir les acquis minimums, d’où la déperdition. Les activités parascolaires n’existent plus, alors qu’elles concourent à l’épanouissement de l’enfant. Il n’y a plus aucun rapport à la culture. Face à ce désastre, continuer à parler de craie et de tableaux est tout simplement irresponsable.
L’école doit répondre à deux priorités : assurer une formation à tout un chacun selon ses capacités, transmettre des valeurs de citoyenneté, de respect de soi-même et des autres. Elle ne peut assurer ces deux missions qu’en étant un creuset d’intégration, de mixité sociale. Elle ne l’est plus de fait puisque l’enseignement privé accueille les enfants non seulement des riches, mais aussi des couches moyennes. La réforme, la vraie, doit œuvrer à inverser cette tendance, en cherchant l’excellence, pour que l’école publique redevienne la référence.
Tout est à refaire, les programmes, le processus pédagogique, la sélection, l’orientation. Tout, absolument tout, doit être remis à plat. Ce que l’on attend de Hassad c’est, après consultation non pas des partis politiques mais des spécialistes, de pondre une vision avec des objectifs clairs, ambitieux, mobiliser les moyens et annoncer un planning. Le Maroc ne peut pas se permettre de perdre encore une autre génération, de rester à la traîne de tous les classements internationaux, de fabriquer des universitaires ne maîtrisant aucune langue. Ce ne sont pas des réformettes des coups de menton qu’il nous faut, mais une vision à la hauteur des enjeux pour la Nation.

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