Trump, Le fond et la manière

Ahmed Charaï

Les dernières déclarations présumées du Président américain sur Haïti et l’Afrique, ont suscité un tollé mondial, et ce à juste titre, si elles sont avérées. Néanmoins, il faut aller au-delà de l’émotion. Le comportement de Donald Trump prend le dessus sur le fond de sa politique, même quand celle-ci peut se défendre. Il isole l’Amérique, et surtout affaiblit son leadership. L’épisode africain est symptomatique. Ce continent est un enjeu essentiel du 21ème siècle. Il est important pour la sécurité du monde, la croissance économique, les mouvements migratoires, la paix. La compétition internationale y est très ouverte. La Chine s’y investit économiquement, mais depuis peu, politiquement et militairement. C’est un secret de polichinelle, Pékin a joué un grand rôle dans le départ de Mugabe. La base de Djibouti annonce le début d’une présence militaire. L’Amérique n’a aucun intérêt à se désintéresser d’un continent au potentiel aussi fort, dans les deux sens, positif, si l’Afrique réussit son envol, négatif si elle échoue, parce que le terrorisme, l’émigration, l’instabilité règneront. Sur le dossier iranien, c’est encore une question de manière. L’accord sur le nucléaire a nécessité des années de négociations. Les USA et la France ont été les plus exigeants durant ces pourparlers. L’agence de contrôle et l’Union européenne considèrent que Téhéran respecte l’accord. Mais on peut entendre des craintes sur le programme balistique. Seulement, le Président américain met dans l’embarras ses propres alliés par son attitude, ses ultimatums, qui avant de signifier une défiance vis-à-vis de l’Iran, sont d’abord une forme de mépris vis-à-vis des autres signataires. Résultat, même la Grande-Bretagne, allié le plus sûr, frère-siamois de Washington sur les questions stratégiques, le lâche. Il y a plus grave, depuis 60 ans le Pakistan est l’allié des USA, alors que l’Inde était proche de l’URSS et leader des non-alignés. Il y a de vraies questions sur la gestion du problème afghan par Islamabad. Mais déclarer qu’on va arrêter l’aide militaire, en des termes méprisants, ne va pas régler le problème. Le Pakistan, puissance nucléaire, ne peut pas accepter cet affront. Sur chacun de ces dossiers, les positions de Donald Trump auraient pu s’exprimer par les voies de la diplomatie traditionnelle, et des pressions discrètes auraient pu exister sans révolter personne. Le mode de gouvernance de Donald Trump, les Tweets et la pression directe, à travers des déclarations, ont des résultats catastrophiques. L’Amérique risque sérieusement de perdre son leadership de manière accélérée. L’obsession anti-multilatéraliste du président américain ne fait pas sauter les conventions internationales, loin de là. Sur le climat, les migrations, les conflits régionaux, l’UNESCO, des alliances se forment pour dépasser l’absence américaine. Si le Président américain peut toujours compter sur son électorat de base, soit le tiers des Américains, cela ne peut justifier l’isolement de l’Amérique au niveau international. L’économie US est fortement dépendante de la puissance, du rayonnement à l’étranger. L’isolationnisme finira tôt ou tard par la fragiliser. L’enjeu pour la machine républicaine, c’est de contrôler les impulsions de Trump. Y arrivera-t-elle ? On peut en douter, mais il y a urgence.

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