Du micro-sexisme au harcèlement sexuel

L’onde de choc causée par la polémique sur le harcèlement sexuel qui a éclaté, l’année dernière aux USA, s’est fait sentir en Espagne avec moins d’intensité qu’en France. Mais au moins, il y a eu de vrais débats sur le sujet. Voici ce qu’on peut en retenir.

En Espagne, des femmes ont brisé le silence en criant leur ras-le-bol d’être victimes de situa- tions humiliantes de harcèlement sexuel. Ainsi, elles ont mis fin à une omerta qui avait trop duré. Mais elles n’étaient pas les seules à
élever la voix. Nombreux(ses) sont les Espagnols(es) qui sont allés(es) plus loin en tentant de trouver les frontières entre les jeux de séduction et les dérives du harcèlement sexuel. Or, pour Mateo Sanjuan, sociologue, spécialiste de l’égalité des genres, ces frontières sont claires :  » Tenter par quelque moyen que ce soit de forcer une personne à subir ou à faire ce qu’elle ne veut pas faire de son plein gré est du harcèlement « . Sanjuan souligne que les agresseurs feignent d’ignorer le refus, explicite ou implicite, qu’exprime leur victime. Celle-ci, précise le spécialiste espagnol, se trouve démunie quand il s’agit d’abus de pouvoir de la part de son agresseur.
 » Il n’y a pas que le harcèlement sexuel comme forme d’agression directe dont sont victimes des femmes « , fait remarquer María Alonso. Membre de la commission nationale qui s’est penchée sur la violence dont sont victimes les femmes en Espagne, cette spécialiste de la question sait de quoi elle parle. Certes, pour elle, les dénonciations qui se sont multipliées sous le hashtag #metoo aux USA et #denoncetonporc en France constituent une véritable révolution contre la loi du silence qui prédominait jusque-là.  » Mais, prévient-elle, en dehors du harcèlement sexuel qui peut et doit être signalé, il existe d’autres types de harcèlement que les femmes sont contraintes de subir quotidiennement sans pouvoir réagir : le micro-sexiste en est un « .
Gare au micro-sexisme !
Par micro-sexisme, María Alonso entend cette forme subtile de violence qui passe généralement inaperçue, tant elle est banalisée et normalisée, jusqu’à devenir invisible, étant considérée sans conséquence.  » Ne pas laisser une femme payer l’addition, appeler une serveuse en faisant valoir sa beauté, juger des femmes à travers leur façon de s’habiller ou leur façon de marcher, etc., ce sont autant de situations qui donnent lieu au micro-sexisme « , détaille M. Alonso, ajoutant que ce sont les agissements sexistes les plus anodins qui perpétuent et approfondissent les inégalités entre les sexes.
 » Le micro-sexiste, comme toutes les formes de violence liées au genre n’est pas le fait que des hommes ou encore de tous les hommes, c’est le résultat d’attitudes parfois même de la part des femmes elles-mêmes « , insiste la spécialiste.
que faire ?
 » A la base, souligne Mateo Sanjuan, le sexisme, comme beaucoup d’autres maux de la société, est culturel. Les hommes ne naissent pas sexistes, mais apprennent à le devenir dès leur plus tendre enfance. Ils intériorisent certaines attitudes qui définissent leur façon de penser tout au long du processus de socialisation « . Le sociologue insiste sur l’éducation comme base essentielle de lutte contre le harcèlement sexuel.
María Alonso abonde dans le même et ajoute :  » Avec un changement d’attitude, il est possible de mettre fin à ces déséquilibres, en commençant par notre environnement le plus proche. Les deux spécialistes s’accordent pour dire que le sexisme social n’est que le reflet de l’éducation, c’est donc par là que commence le changement vers une société égalitaire et non-violente.

Cet article est paru dans L’Observateur du Maroc & d’Afrique du 9 février 2018

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