La controverse sur Jérusalem a permis de tirer des leçons précieuses pour le monde arabe

Dans un article publié dans le magazine américain spécialisé dans les questions de Défense et de politique étrangère The National Interest, Ahmed Charai analyse les effets réels de la décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. En voici un résumé. 

Le point de vue des Occidentaux est que le choix du président Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne a isolé diplomatiquement les États-Unis, coûté à Washington son rôle de médiateur israélo-palestinien et compromis les perspectives d’un règlement de paix global. La preuve: la violence en Palestine et les enclaves arabes dominées par l’Iran, les manifestations et la condamnation officielle dans d’autres pays musulmans, et une contre-résolution à l’Assemblée générale des Nations Unies.
Ici, au Maroc, de nombreux observateurs ont une opinion différente: quoi que le Président pensait faire, la décision et ses retombées ont révélé une dynamique politique dans la région qui ouvre de nouvelles possibilités pour un règlement éventuel. Alors que la position des puissances étrangères reste essentiellement la même, les pays arabes, historiquement garants de la profondeur stratégique des forces rejectionnistes palestiniennes, sont de plus en plus un bastion de soutien au compromis.
En dehors du territoire occupé par l’Iran et de la Palestine, les manifestations ont été relativement modestes et de courte durée. C’était l’occasion en or pour les islamistes de gagner en pertinence après le choc contre-islamiste meurtrier qui a suivi le printemps arabe. Pourtant, ils semblaient incapables de rassembler, et encore moins de soutenir une participation massive à leurs «journées de rage». Cette faible démonstration de force est très importante pour les perspectives de paix – même en ce qui concerne les pays arabes comme le mien, géographiquement éloignés d’Israël et de la Palestine.
En ce qui concerne les perspectives de rapprochement de l’opinion publique en Israël avec celle de ses nombreux voisins, les potentialités de mon propre pays méritent d’être soulignées. Le Maroc abritait autrefois 265.000 Juifs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, avec les réfugiés juifs d’Europe qui ont trouvé refuge dans le pays, ils ont été efficacement protégés des nazis par le sultan Mohammed V, même sous l’occupation du pays par le gouvernement allié nazi de Vichy. La plupart des Juifs marocains se sont retrouvés en Israël, où aujourd’hui, avec leur descendance, leur nombre dépasse le million. Chaque année, des milliers de touristes israéliens y compris les figures politiques israéliennes d’origine marocaine visitent le pays. Dans leurs déclarations publiques, ils témoignent de la fierté de leur ascendance marocaine et rendent hommage au statut officiel du roi Mohammed VI en tant que chef spirituel des musulmans et des juifs. Notre roi préside également le «Comité Al Qods», un organisme panarabe dédié au bien-être de la ville. Sa réponse à la déclaration du président Trump était, parmi celles des autres chefs d’État arabes et musulmans, particulièrement réfléchie. Dans une région où le déni de l’histoire juive de Jérusalem s’est répandu, le roi a noté l’importance profonde de la ville pour les adeptes des trois religions monothéistes, et a appelé à une solution au conflit qui garantirait les droits et la sécurité de tous. Les Marocains espèrent que toutes les parties, proches et lointaines, répondront aux besoins de la ville dans l’esprit de cette déclaration. Nous espérons également que notre pays puisse aider à favoriser un règlement éventuel.

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