La Sûreté nationale à l’heure de l’excellence opérationnelle

La police nationale a connu ces deux dernières années de profonds changements. Certains sont visibles, d’autres le sont moins. Ce sont ces changements presque invisibles que L’Observateur du Maroc et d’Afrique montre dans ce dossier.

Mercredi 9 mai à 15H, rendez-vous est pris à l’Institut Royal de Police (IRP). C’est cette institution, créée en 1978 et qui s’étend sur 20 hectares, qui dote le pays de ses forces de police. L’Observateur du Maroc et d’Afrique y a été accueilli par le directeur de l’Institut Abdelaziz Zakaria, accompagnée de celle qui pilote le réingenering de la formation policière, Amal Berkia ainsi que le porte-parole de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), Boubker Sabik.

Boubker Sabik, porte-parole de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Boubker Sabik, porte-parole de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Depuis le bureau du directeur, on entend le vrombissement du moteur d’une voiture et le crissement de ses pneus. «Les préparatifs vont bon train pour la célébration du 62eanniversaire de la Sûreté nationale», explique Sabik. «Le show sera exceptionnel cette année», annonce-t-il.

Chaque 16 mai, date de création de la Sûreté nationale, l’IRP abrite des représentations, très spectaculaires pour la plupart, qui montrent au grand public les différents champs d’intervention des différentes forces d’intervention policières. Ces «shows» sont attrayants, tout comme les métiers de police qui deviennent des plus «séduisants» dans le pays.

Policier: un métier attrayant  

Dimanche 13 mai 2018, pas mois de 157.928 candidats dont 25.000 femmes ont passé le concours pouvant leur donner la possibilité d’être parmi les 7000 policiers environ qui seront recrutés cette année. Ce sera d’ailleurs la plus grande opération de recrutement dans le secteur public.  L’année dernière 5.000 stagiaires de différents grades ont été retenus parmi 148.828 candidats. Nombreux sont d’ailleurs les candidats qui proviennent d’autres administrations, préférant faire carrière au sein de la police. En présentant ces chiffres et informations, Boubker Sabik rappelle que la police s’est ouverte à l’apprentissage des langues, les concours peuvent être passés en arabe, en français, en anglais ou en espagnol. Il précise toutefois que le concours ne fait pas le policier (homme ou femme), mais c’est plutôt la formation, rigoureuse, qu’il(elle) suit au sein de l’IRP ou les écoles de formation ouvertes ou prévues dans le cadre de la déconcentration.

Le porte-parole de la DGSN affirme que les concours ont été soumis aux dispositions de la nouvelle charte de recrutement exigée par le Directeur général de la Sûreté nationale, Abdellatif Hammouchi. Et d’ajouter : «L’examen se présente sous forme de questionnaires à choix multiples et la correction est automatisée. De même, la période de correction a été réduite et pour les matières générales, elle est confiée à des universitaires et supervisée par un comité de sûreté mixte». C’est dire que l’ère des pistons est révolue et celui de la fraude aussi. «Le dispositif mis en place a permis de relever 145 cas de fraude en 2017 lors des épreuves écrites», détaille Sabik, ajoutant que leurs auteurs ainsi que leurs complices ont tous été traduits devant la justice.

A l’école de la police citoyenne

Passé le concours, les stagiaires retenus suivent une formation qui a été, elle aussi, réformée après l’avènement de Hammouchi. «L’IRP sert désormais de Centre d’excellence pour des formations dispensées dans le cadre de la coopération Sud-Sud», affirme Amal Berkia. Au cours de notre visite, nous avons pu rencontrer un officier centrafricain faisant partie d’un groupe d’une vingtaine d’officiers venants de Centrafrique bénéficier d’une formation pratique de la part de formateurs marocains. Il nous a dit qu’il est impressionné par le haut niveau et la qualité de la formation qu’il suit. Devant nous, il a pris son formateur dans ses bras en nous disant qu’il le considère désormais comme son propre père.

Amal Berkia en charge du réingenering de la formation policière.

Amal Berkia en charge du réingenering de la formation policière.

Outre la coopération Sud-Sud à laquelle contribue l’IRP, la coopération internationale est, elle aussi en marche au sein de l’institution. Le porte-parole de la DGSN met en exergue les échanges continus qui lient des formateurs marocains avec leurs homologues américains et de différents pays européens. Signe de la fluidité de cette coopération, peu de temps après nous avoir reçus dans son bureau, le directeur de l’Institut est allé échanger avec une délégation hollandise venue spécialement le voir.

«Dans notre institution, la coopération triangulaire est en marche», déclare Amal Berkia en expliquant que l’IRP fait profiter des pays de l’Afrique subsaharienne des formations développées par l’Institut en partenariat avec des Américains ou des Européens.

Dans cette dynamique, une nouveauté est en passe d’être introduite dans la formation des nouvelles recrues. «La formation de base et opérationnelle suivie à l’IRP sera renforcée par six mois de mentoring sur le terrain», annonce Boubker Sabik, affirmant qu’il s’agit là d’un processus fruit d’un partenariat maroco-américain.

C’est à Fès que sera menée l’opération pilote pour le mentoring. C’est là un autre aspect, invisible, qui participe au développement des compétences de la police marocaine. C’est là aussi l’un des socles de la réforme globale et transversale que Hammouchi a lancée peu de temps après son arrivée à la tête de la DGSN le 15 mai 2015. Ses mots d’ordre, rappelle Sabik, sont la transparence, l’égalité des chances, l’efficience et la bonne gouvernance. Les résultats suivent.

Approche genre

Auparavant, les fonctionnaires de police femmes ne pouvaient accéder qu’à deux grandes: assistante et assistante principale. Après la révision du statut des fonctionnaires de la DGSN, elles ont désormais accès à tous les grades. Actuellement, des Commissaires divisionnaires femmes sont déjà en fonction, prochainement il y aura des contrôleurs généraux et des préfets de police femmes.

Exemples de femmes occupant de hautes fonctions : La réforme de la formation est pilotée par Amal Berkia de l’Institut Royal de Police, le chef du Laboratoire de la police scientifique est Hakina Yahia, le chef du pôle de la coopération internationale est Maria Lakhdar, le chef du pôle système d’information est Kawtar Koustit.

Ce n’est pas tout, 65 grands postes de commandement sont occupés par des femmes dans différentes villes du Royaume, des Chefs d’arrondissements sont des femmes. En outre, dans l’école de cavalerie de l’IRP, l’unité de carrousel est constituée exclusivement de femmes. En nous fournissant ces informations, Boubker Sabik montre, par son sourire, par le choix de ses mots et par ses gestes, sa fierté de la Direction à laquelle il appartient.

Bonne gouvernance

Ces chiffres officiels sont parlants. Les services de sûreté nationale font de la rationalisation des dépenses une priorité. C’est ce qui a permis de réduire de moitié le budget qui leur était alloué, de 22% les dépenses relatives à l’entretien et à la réparation de la flotte des véhicules, de 4,98% les dépenses relatives à la consommation d’eau et d’électricité et de 18,11% celle relative aux télécommunications par rapport à l’année 2016. Le tout, malgré la création, cette année, de nouvelles infrastructures de sécurité et l’équipement des services existants par des matériaux sophistiqués nécessitant d’importantes ressources énergétiques.

Ces mesures ont permis l’épurement des arriérés financiers et le paiement de 42.633.205,11 DH au titre des frais de déplacement et de logistique et de la réparation de la flotte des véhicules au titre des années 2012, 2013 et 2014, dégageant un excédent de 15.000.000 DH qui a été réservé à l’exercice 2018, outre un excédent de 43.000.000 DH au titre des bons de carburant.

Les excédents sont dus aux études prévisionnelles précises des besoins, au contrôle strict des procédures de gestion et à l’audit rigoureux des marchés et des dépenses.

Ces mesures ont permis de poursuivre la modernisation de la flotte de la sûreté nationale et le développement de ses infrastructures avec l’acquisition de 791 véhicules qui viennent s’ajouter aux 2.115 véhicules achetés en 2015 et 2016, ainsi que la généralisation de la charte de bariolage du parc auto qui a concerné 1.127 véhicules et motocyclettes.

Quelques indicateurs clés

Les services de la sûreté nationale ont enregistré 559.035 affaires répressives en vertu desquelles 538.344 personnes ont été déférées devant la justice, dont 38.358 femmes et 22.236 mineurs d’âge.

Par ailleurs, le taux de répression (de résolution des crimes) a atteint 92%, soit une hausse de plus de 2% par rapport à 2016, alors qu’une augmentation de 4,5% a été enregistrée au niveau du nombre de personnes arrêtées, relève la même source.

Au niveau de la sûreté scolaire, 6.518 (+10%) établissements scolaires ont été sécurisés au cours de l’année scolaire 2016-2017 et le premier trimestre de cette année et 6.915 visites de sensibilisation ont été effectuées par des cadres de la sûreté nationale au profit de 804.175 élèves, avec une moyenne de présence de 40 élèves par séance au lieu de 200 auparavant.

 Guerre anti-intox

Pour éviter l’intox, la DGSN privilégie la communication directe. Ses services ont publié 1.646 communiqués de presse et informations intéressant l’opinion publique ou touchant à l’action sécuritaire, 340 mises au point et ont répondu favorablement à 652 demandes de reportage ou couverture médiatique.

Par ailleurs, les services de sûreté ont tenu 15.188 rencontres avec les différents acteurs de la société et organisé des portes ouvertes à Casablanca les 14, 15 et 16 septembre 2017, en vue de rapprocher la police des citoyens et les informer de ses missions et prérogatives.

Ces portes ouvertes ont attiré près de 80.000 personnes et étaient marquées par la diffusion de plus de 300 reportages et couvertures médiatiques.

Coopération internationale

Les services de la DGSN ont renforcé les mécanismes de coopération bilatérale et multilatérale avec les pays et organisations internationales et régionales. Le poste d’officier de liaison a été promu au sein de l’ambassade du Maroc à Madrid à celui de bureau de liaison afin d’assurer la liaison avec les aéroports de Madrid-Barajas, de Las Palmas et d’Algésiras.

Les services de sûreté nationale sont devenus aussi un point central de la coopération multilatérale liant le Maroc aux États-Unis d’Amérique et les pays africains en matière de formation policière. Des officiers de la police marocaine ont été formés pour superviser la formation de leurs homologues du Tchad, du Mali, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Niger dans le domaine des investigations cybercriminelles, de gestion des interventions dans les accidents sensibles et les affaires terroristes, etc.

De son côté, l’Institut Royal de Police a abrité 19 sessions de formation au profit de 204 officiers de Madagascar, de Guinée Conakry, de Tanzanie, du Nigéria et du Soudan, ainsi que 98 stages supervisés par des formateurs des Etats-Unis, du Royaume Uni, de France, d’Espagne et d’Allemagne qui ont bénéficié à 1.418 cadres de sûreté travaillant dans différentes spécialités.

laissez un commentaire