L’Afrique : un enjeu essentiel

A la veille de la tenue du Sommet Union africaine-Union européenne qu’abrite aujourd’hui et demain Abidjan, Ahmed Charaï a publié cet article dans le quotidien espagnol La Razon, en voici la traduction.

Cela fait des décennies que les relations institutionnelles entre l’Europe et l’Afrique cherchent leur voie vers l’excellence. Il y a d’abord eu les accords entre l’Union Européenne, les 79 pays dits de l’ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique), vite dépassé parce que les réalités, les problématiques, sont très différentes. Les sommets entre les deux entités, l’Union Africaine et l’Union Européenne, sont un format idoine, encore faut-il savoir ce que l’on veut en retirer.

L’Union Africaine a fait énormément d’avancées en tant que structure. Elle s’implique sur le plan de l’intégration régionale, de la gouvernance politique et des choix de développement. C’est donc un partenaire fiable.

Mais en Europe, l’Afrique n’est pas une priorité pour tout le monde. Le Brexit sera nécessairement ressenti dans cette relation. C’est la France, et à un degré moindre la Belgique, qui continuent à porter le projet de la coopération africaine. L’Allemagne est très réservée, les pays de l’Est totalement désintéressés. La coopération entre l’Afrique et l’Europe doit relever des intérêts objectifs et non pas de bons sentiments paternalistes. C’est le sens du discours du Roi Mohammed VI à Abidjan lors du premier forum Maroco-ivoirien, il y a de cela quelques années.

L’Afrique va doubler de population d’ici 30 ans. Le nombre de jeunes y sera plus important que le reste du monde. C’est un défi. Mais aussi une extraordinaire opportunité. Si les investissements, la formation et la stabilité sont là. Le Continent Noir peut tirer la croissance mondiale pendant des décennies. Mais les intérêts communs dépassent l’économie. L’Afrique est source de deux problèmes prégnants en Europe : l’immigrations et le terrorisme. Les deux phénomènes sont un vrai risque pour les pays européens puisqu’ils mettent en danger leur cohésion nationale, avec l’émergence de courants identitaires régressifs qui remettent en cause l’Union Européenne elle-même.

Les solutions sécuritaires proposées sont très loin d’être à la hauteur.

Le problème migratoire a trois sources. Il y a d’abord les guerres civiles, ensuite la faiblesse des économies et enfin la sécheresse climatique. Les trois phénomènes sont imbriqués, et c’est une erreur que de ne pas les traiter comme un ensemble.

Les guerres civiles ont souvent pour soubassement un séparatisme ethnicisé. On le voit au Kivu, au Soudan du Sud, parfois de manière larvée comme en Casamance au Sénégal, ou la question du Sahara. L’Union Africaine, dont la construction est à parachever, peut s’appuyer sur l’expérience européenne, qui est elle aussi en butte à la réémergence des tensions séparatistes en Catalogne, mais aussi en Italie et en Belgique et s’y oppose dans un cadre démocratique en proposant plus d’intégration, dans le respect des spécificités.

Le sommet entre l’Union Européenne et son homologue européenne ne peut réussir que s’il est l’occasion d’une vision globale structurée autour des axes principaux qui suivent :

– Le flux des investissements doit prendre d’autres proportions, mais surtout se diriger vers un vrai développement. Il ne peut y arriver que s’il continue à se concentrer sur les matières premières, le sous-sol. L’Europe doit encourager, inciter, des investissements dans les infrastructures, l’économie verte, etc.

– L’Europe doit être plus présente sur les conflits internes. La crise au RDC impacte cinq pays voisins, déjà gangrenés par le terrorisme. Une ligne de conduite intransigeante en faveur de la démocratie et de la gouvernance n’est pas un luxe mais une nécessité.

– La gestion de la crise migratoire doit nécessairement être laissée dans le temps. Les pays africains n’ont pas les moyens de tarir les sources immédiatement. L’Europe se doit être plus imaginative, plus généreuse, tout en aidant les africains à combattre le mal de la racine.

– Enfin, le danger terroriste va s’accroitre, parce qu’exclus « temporairement » de la zone irako- syrienne, les groupuscules vont se rabattre sur les Etats faillis et les zones incontrôlées de l’Afrique. La permanence du danger Boko-Haram et d’autre groupes terroristes au Mali, en Libye, au Nigeria et dans plusieurs pays africains, sont un indicateur de la faiblesse de la réponse actuelle.

Nous sommes donc face à une coopération à reconstruire avec des points forts et des handicaps. L’Union Africaine est une véritable institution, la majorité des pays la composant, sont relativement stables et connaissent une croissance notable.  L’Union Européenne doit avoir une vision globale des problèmes. Emigration, terrorisme et co-développement, ne peuvent être traités séparément.

Le sommet d’Abidjan se doit d’atteindre ce niveau de réflexion pour poser les jalons d’une coopération au profit de la paix et de la prospérité mondiale.

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