Le Roi Mohammed VI aux participants au Sommet UA-UE : « Le temps est à l’action » 

En sa qualité de leader de l’Union Africaine sur la question de la migration, le Roi Mohammed VI a adressé, mercredi 29 novembre un message fort au 5e Sommet Union Africaine – Union Européenne à Abidjan.

« Le Royaume du Maroc se réjouit de cette rencontre entre son continent d’Appartenance – l’Afrique, et son continent de voisinage et de Partenariat – l’Europe. Il confirme, avec satisfaction, sa vocation à en constituer le trait d’union naturel et pleinement assumé », affirme le Souverain au début de son message. « Dix-sept ans après son émergence, le Partenariat entre l’Afrique et l’Europe n’a rien perdu de sa pertinence. Et, désormais, le temps n’est plus au diagnostic, ni aux polémiques d’arrière-garde. Le temps est à l’action », poursuit-il, soulignant qu’il est indispensable que le dialogue courageux et responsable, entre les anciens pays colonisateurs et les anciens pays colonisés, demeure franc et direct. « Et, il est aujourd’hui essentiel de lui donner un nouvel élan », insiste le Roi Mohammed VI.

La vision royale du partenariat euro-africain est claire. Il en a redonné les grandes lignes à Abidjan : « La solidarité entre l’Europe et l’Afrique n’est ni un concept vide, ni un lien fondé sur une philanthropie univoque ; elle relève d’une responsabilité et d’une dépendance réciproques. La logique d’assistanat verticale peut à présent céder le pas à un véritable partenariat transversal. Dans cet esprit, le Partenariat UE-Afrique doit évoluer vers un Pacte bi-continental nouveau. Il s’agit, pour l’Afrique et pour l’Europe, de faire face, de concert, aux défis incontournables, par une compétitivité partagée, une co-localisation des entreprises productives, une mobilité humaine régulée et des échanges culturels féconds ».

En parallèle, le Souverain donne des propositions concrètes pour qu’Africains et Européens puissent aller de l’avant : « La conditionnalité de la dette doit être revue : les pays occidentaux attendent, en effet, que certains pays d’Afrique – indépendants depuis moins d’un demi-siècle – aient des performances politiques et économiques aussi positives et aussi importantes que les leurs, et leur imposent donc des conditions impossibles à respecter. Cette aberration est d’autant plus vive, que ces mêmes pays européens ont parfois, eux-mêmes, de grandes difficultés sur les plans financier et politique ».

Concernant la migration, le Roi Mohammed VI affirme que le 21e siècle sera celui des grands brassages. « Ce constat de bon sens nous interdit de donner toute tournure idéologique, passionnelle, voire xénophobe aux discours sur la migration ». Le Souverain explique que certains pays, du fait de leur position géographique, sont amenés à être une terre d’immigration :  « Ainsi, le Maroc l’a été dès son origine, et depuis son indépendance, de manière constante, se sont succédé différentes vagues de migration : nos partenaires européens et maghrébins le savent sans contestation ».

Rappelant certaines grandes phases de l’évolution de la question migratoire, le Roi Mohammed VI rappelle qu’il fut un temps où l’immigration était liée aux déplacements commerciaux, aux pèlerinages religieux ou était imposée par les conflits et les pandémies. Et d’ajouter : « Dans notre histoire contemporaine, elle a pris une connotation négative, puisqu’elle est associée à la drogue et autres trafics, voire aux méfaits des changements climatiques. En somme, à notre époque, dans l’imaginaire collectif, l’immigration est associée aux fléaux de la pauvreté, de la précarité, de l’instabilité et même de la mort. »

Pour bien marquer les esprits, le Souverain s’arrête sur le cas libyen : « La Libye, nouvelle terre de passage entre l’Afrique et l’Europe, est devenue le corridor de tous les maux et cristallise tous les malheurs. Nous avons été révoltés par les pratiques atroces rapportées par les médias, et subies par des migrants dans notre voisinage. Il s’agit d’un véritable déni de l’Humanité.
Ces agissements, menés par des milices armées qui échappent au contrôle du gouvernement Libyen, appellent à un examen de conscience collectif de ceux qui sont complices et responsables de cette traite incompatible avec les droits fondamentaux de l’Humanité. Ces pratiques sont contraires aux valeurs et aux traditions du peuple Libyen frère ».

Haro sur les clichés !

« Peu capables ou peu désireux de saisir les causes profondes du phénomène migratoire, on le fige et on le généralise dans des représentations stéréotypées : à travers des images de déferlements de personnes sans travail et sans ressources, parfois aux profils douteux », décrit le Roi Mohammed VI. Il ajoute : « On serait tenté d’en vouloir aux populations européennes qui appréhendent un tel afflux massif et le ressentent comme une menace. Cette crainte n’est malheureusement pas toujours infondée, ne nous voilons pas la face ». Pour le Souverain, les groupements régionaux auraient pu être plus efficaces face à cette situation. « Et l’on peut à juste titre penser que, si l’UMA avait réellement existé, nous serions plus forts face à ce défi », relève-t-il. Concernant cette Union, il dira aussi : « Or, hélas, l’UMA n’existe pas ! Et les flux migratoires, à la faveur de conflits régionaux, sont souvent la proie de réseaux de trafics divers, allant des stupéfiants aux filières terroristes. Mon pays, le Maroc, en fait les frais depuis longtemps, et aujourd’hui encore ».

Urgence de laction

« Nous le répétons : l’heure est à l’action. Peut-on trouver des solutions efficaces, ou sommes-nous condamnés à rester dans une logique de méfiance ? Je l’affirme avec force : nous pouvons agir. Mais nous ne pouvons pas tout faire, et surtout nous ne pouvons le faire seuls : la politique européenne en la matière devrait évoluer », a insisté le Roi Mohammed VI.

Pour le Souverain, il n’est pas acceptable que, tant sur les bancs des écoles prestigieuses que dans les entreprises du continent, les meilleurs talents africains soient l’objet des convoitises européennes, au mépris de l’investissement de leur pays d’origine en termes de formation ; l’hémorragie des cerveaux qui s’ensuit est déplorable.

Le Roi Mohammed VI a mis en exergue à cette occasion l’exemple marocain : « Ayant été pays d’émigration, de transit et d’immigration, le Maroc a développé une approche introspective de la question migratoire, qu’il conçoit de manière inclusive et positive ».

En revenant sur les principales phases de l’évolution des migrations dans les différents sens,
le Souverain souligne qu’une nouvelle vision s’impose aujourd’hui : « il s’agit de faire de l’immigration un sujet de débat apaisé et d’échange constructif ». Explications : « Au Nord comme au Sud, nous en tirerons tous avantage. Et si cette conception est, pour l’instant, encore bien fragile, soyons assurés qu’un jour, ensemble, nous y parviendrons ! »

Propositions royales

« En tant que Leader de l’Union Africaine sur la Question de la Migration, J’ai à cœur de soumettre, lors du prochain Sommet de l’UA, des propositions à Mes frères et Sœurs les Chefs d’Etat, pour développer un véritable Agenda africain sur la Migration », annonce le Roi Mohammed VI, précisant que dans le cadre de cet agenda, conformément à leurs engagements internationaux, et loin des pratiques honteuses et inhumaines, héritées d’une époque révolue, les pays africains assumeraient leurs responsabilités dans la garantie des droits et de la dignité des migrants africains sur leur sol.  Et le Souverain d’ajouter : « J’ai posé les premiers jalons de cet Agenda en Juillet 2017, à travers la note préliminaire qui a été présentée à Mon Frère, le Président Alpha Condé, lors du 29ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine. Cet Agenda, à la portée pleine et entière, nous dicte de parler d’une seule et même voix africaine et selon notre propre plan de travail ».

Par ailleurs, le Roi Mohammed VI souligne dans son message qu’il convient de corriger quatre mythes infondés : « La migration africaine n’est pas, de manière prédominante, intercontinentale. Elle est d’abord intra-africaine : sur 5 Africains qui se déplacent, 4 restent en Afrique ; la migration irrégulière n’est pas majoritaire : elle ne correspond qu’à 20% de la migration internationale ; la migration n’appauvrit pas les pays d’accueil : 85% des gains des migrants restent dans les pays d’accueil. Il rappelle enfin qu’il n’y a plus de distinction entre pays d’émigration, de transit et d’installation.

Le Souverain n’a pas voulu terminer son propos sans nourrir l’espoir que le Partenariat euro-africain gagne en maturité et se diversifie : « Nous croyons avec confiance que le Sommet d’Abidjan donnera, au partenariat afro-européen, une inflexion décisive et un élan qualitatif au service de la stabilité, de la sécurité et de la prospérité des deux continents ». Et de conclure : « En somme, il nous appartient de composer un agenda positif, pour dessiner un avenir meilleur. »

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