Le Roi Mohammed VI: « La Conférence de Marrakech est avant tout un appel à l’action »

Le Roi Mohammed VI a adressé un message à la Conférence intergouvernementale pour l’adoption du Pacte mondial sur des migrations sûres, ordonnées et régulières, qui a ouvert ses travaux ce lundi 10 décembre 2018 à Marrakech.
Dans ce message dont lecture a été donnée par le Chef du Gouvernement, Saad Dine Otmani, le Souverain qualifie de rendez-vous historique cette Conférence. Notant la symbolique de sa tenue en Afrique – origine même des premiers déplacements humains ; au Maroc – terre d’immigration, de transit et d’émigration et à Marrakech – son creuset intemporel.

« Nous vous accueillons à Marrakech, en terre d’Afrique, avec fierté et humilité », a affirmé le Roi Mohammed VI. « Fierté, que la Communauté internationale ait choisi le Royaume du Maroc pour cet évènement planétaire ; et humilité, devant l’ampleur de la cause, du chemin parcouru et de l’œuvre qui reste à accomplir ».
Le Souverain a ajouté que la coïncidence avec la commémoration du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme n’est pas fortuite. « Et elle est heureuse : de même qu’en 1948, l’humanité s’éveillait définitivement à l’universalité des droits humains, par-delà les nations, les cultures et les civilisations. De même, en 2018, elle s’éveille résolument à la globalité des migrations, par-delà les frontières, les clivages et les continents ».

Vision royale

Le Roi Mohammed VI a rappelé que l’intérêt du Royaume du Maroc pour la question migratoire n’est ni récent, ni circonstanciel. « Il constitue, au contraire, un engagement ancien et volontaire qui s’exprime à travers une politique, humaniste dans sa philosophie, globale dans son contenu, pragmatique dans sa méthode et responsable dans sa démarche », a-t-il expliqué. « Notre approche, c’est de tendre avec constance vers un équilibre salutaire entre réalisme et volontarisme ; entre intérêts légitimes des Etats et respect des droits humains des migrants ».
Le Souverain a souligné que la réussite nationale de cette approche, a conduit les Africains à lui confier le mandat de Leader de l’Union Africaine sur la question migratoire  et à l’élaboration de l’Agenda Africain pour la Migration, adopté à l’unanimité par la Conférence de l’Union Africaine en janvier 2018. « C’est, donc, tout naturellement que notre vision, à l’échelle nationale et continentale, converge avec notre engagement international, à travers le Pacte Mondial. L’une et l’autre s’inscrivent dans la recherche constante de compromis novateurs, entre gestion des frontières et protection des droits humains des migrants, entre migration et développement. L’une et l’autre tendent vers la responsabilité collective, la souveraineté responsable et le pragmatisme humaniste ».
Le Roi Mohammed VI affirme que la question migratoire n’est pas – et ne devrait pas – devenir une question sécuritaire. « Répressive, elle n’est nullement dissuasive », insiste-t-il, ajoutant qu’un migrant n’est pas plus ou moins humain, d’un côté ou de l’autre d’une frontière.
Pour le Souverain, la question de la sécurité ne peut pas davantage faire l’économie de politiques de développement socio-économique, tournées vers la résorption des causes profondes des migrations précaires. Et d’ajouter : « Enfin la question de la sécurité ne peut pas nier la mobilité. Mais elle peut la transformer en un levier de développement durable, au moment où la Communauté internationale s’emploie à mettre en œuvre l’Agenda 2030 ».

Pacte mondial et solidarité

« Pour l’heure, le Pacte Mondial demeure une promesse que l’Histoire jugera. Il n’est point temps encore d’en célébrer la réussite », souligne le Roi Mohammed VI dans son message. « Le défi de cette Conférence est de montrer que la Communauté internationale fait le choix d’une solidarité responsable au sujet de la question de la migration. Pour ce faire, il lui appartient de respecter pleinement le droit souverain de chacun de ses membres à déterminer et à mener sa propre politique migratoire ».
Le Souverain invite la communauté internationale à prouver que le multilatéralisme n’est pas le parti de la chaise vide, de la désertion et de l’indifférence. Il est celui des synergies et de l’engagement dans la différence. « Le défi de cette Conférence est donc d’unir, face aux populismes, de rassembler, face à l’isolationnisme et d’apporter, par le dialogue et la coopération internationale, des réponses structurantes à un enjeu majeur de notre temps ».
Le Roi Mohammed VI affirme qu’aucun pays ne peut, à lui seul, faire face à ces enjeux ! « Or, s’il n’y a pas d’alternative à la coopération, il n’y a pas, non plus, d’alternative à l’action », poursuit le Roi Mohammed VI, déclarant que Pacte Mondial n’est pas une fin en soi. « Il ne fait sens que par sa mise en œuvre effective. « C’est pourquoi, la Conférence de Marrakech est, avant tout, un appel à l’action », précise le Souverain en annonçant que l’Afrique répond d’ores et déjà présent. « L’Afrique ne sera pas l’objet du Pacte Mondial. Elle en sera un acteur. Un acteur central », souligne le Roi Mohammed VI en rappelant que l’Agenda Africain pour la Migration définit sa feuille de route. « Pionnier, il a anticipé l’importance, consacrée par le Pacte Mondial, de la connaissance des dynamiques migratoires. Il a dédié à cet objectif une institution à part entière : l’Observatoire Africain des Migrations, qui aura son siège au Royaume du Maroc, et qui a été appuyé nommément par le Pacte ».
Le Souverain a émis le souhait de voir le travail de cet Observatoire, démultiplié par une mise en réseau avec les institutions similaires dans les autres régions.

La voix de la jeunesse

« A chaque étape des routes migratoires, à chaque degré d’intégration, à chaque niveau de complémentarité entre développement et migration, c’est la voix de la jeunesse que nous entendons, et c’est à ses besoins que nous répondons », a affirmé le Roi Mohammed VI. « Entre le laxisme inacceptable et le tout sécuritaire insupportable, il y a une voie que nous ouvrons aujourd’hui.
Une voie qui oppose la souveraineté solidaire au nationalisme excluant, le multilatéralisme à l’ostracisme, et la responsabilité partagée à l’indifférence institutionnalisée.Car, en définitive, c’est de cela dont il s’agit : mettre fin au désordre, tout en mettant de l’humanité dans l’ordre », a poursuivi le Souverain. Et de conclure : « La page de l’Histoire qui s’écrit aujourd’hui, à Marrakech, honore la Communauté internationale, et la porte, un pas de plus, vers un nouvel ordre migratoire, plus juste et plus humain. »

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