Majorité gouvernementale – le début de la fin

Le pays ne peut pas se le cacher plus longtemps. La cohésion gouvernementale n’existe pas. Si chaque parti de la majorité jette la responsabilité sur ses partenaires, c’est que nous avons besoin de nouvelles élections.

Première vérité. Si le parti de la Justice et du développement (PJD) est à la tête du gouvernement c’est parce que le Rassemblement national des Indépendants (RNI) le soutient. Le gouvernement islamiste 

sous la conduite de Abdelilah Benkirane avait perdu la majorité lorsque le parti de l’Istiqlal, son allié de l’époque, l’avait laissé tomber. Il était alors obligé de se trouver un nouvel allié ou abandonner la partie, ce qui aurait débouché sur des élections anticipées. C’est à ce moment là que le RNI est intervenu, acceptant de renforcer la majorité gouvernementale et permettre ainsi à Benkirane de garder son poste, malgré tout le mal qu’il disait à propos du RNI et de son président d’alors, Salaheddine Mezouar. 

La situation n’a pas changé depuis. Saâdeddine El Othmani, le successeur de Benkirane, ne peut pas se passer du RNI de Aziz Akhannouch surtout que le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) n’est pas prêt à participer au gouvernement dans le cas où un membre de la coalition quitte le navire. Comment alors comprendre la guerre menée contre ce même RNI par les islamistes ? Il semble incongru et du moins incompréhensible qu’un parti qui dirige le gouvernement, s’attaque à son allié le plus important, alors que c’est celui-ci qui lui procure une majorité confortable. 

Il est vrai que le PJD a beaucoup perdu de sa crédibilité du temps de Benkirane qui a multiplié les mesures anti-populaires irritant une très large partie de la population. Benkirane qui a continué à saper le crédit de son parti, même après son débarquement pour blocage gouvernemental. Ses interventions mécontentent non seulement les adversaires politiques, mais gênent également son propre parti. Certains disent que c’est un jeu interne du PJD. Tandis qu’une partie participe au gouvernement, l’autre partie s’attaque aux adversaires, au nom de l’indépendance des parlementaires. C’est ainsi que le PJD s’est attaqué plus spécialement au RNI sur plusieurs sujets dont l’un des plus importants est celui du Plan Maroc Vert. Des députés du PJD ont critiqué ce Plan invoquant le fait qu’il n’aurait pas bénéficié aux petits agriculteurs. 

Très vite on a compris que ce n’est qu’une manœuvre politicienne tendant à récupérer une partie des agriculteurs en se positionnant comme leur défenseur le plus acharné contre un Plan qui ne tient pas compte de leurs besoins. Bien sûr les islamises du Parlement évitent soigneusement de dire que leur parti est aussi responsable du Plan Maroc Vert puisqu’ils dirigent le gouvernement. Ils ont adopté la même attitude lorsque les commerçants se sont révoltés contre cette mesure de la Loi de Finance qui institue la numérisation de la facturation. Ils ont tout mis sur le dos du RNI qui, disent-ils, gère les départements des Finances et du Commerce. Sans préciser, là aussi, que la mesure a été adoptée par le conseil de gouvernement et votée par la commission des Finances du Parlement. Or, qui préside donc cette commission ? Le PJD qui ne s’est aperçu de la gravité de la mesure qu’une fois les commerçants ont commencé à manifester. Du coup, le chef du gouvernement a pris les choses en main. Et pour ce faire, il a commis deux grosses erreurs. Premièrement, il a jeté la patate chaude au RNI, sans préciser que toutes les mesures gouvernementales sont prises sous sa responsabilité, foudroyant d’un coup la cohésion gouvernementale. Deuxièmement, il a choisi la chaîne amazingh pour s’adresser en Amazigh aux commerçants mécontents. Et là, on voit bien qu’il essaie de récupérer pour son parti une partie des commerçants comme le fait le PJD pour les petits agriculteurs. Néanmoins, par imprudence ou par ignorance, le chef du gouvernement tend à accréditer l’idée que tous les commerçants sont des Amazighs, ce qui n’est, évidemment, pas vrai. Délit de communautarisme ou mauvais calcul ? On hésite entre les deux. En tout cas une catastrophe politique. Il aurait pu utiliser le darija qui est la langue du quotidien de tous les Marocains. Le pays ne peut pas se le cacher plus longtemps. La cohésion gouvernementale n’existe pas. Si chaque parti de la majorité jette la responsabilité sur ses partenaires, c’est que nous avons besoin de nouvelles élections. Et le plus vite serait le mieux. La situation actuelle montre que cette majorité est artificielle et qu’elle ne pourra pas durer trop longtemps. On ne peut plus prétendre à la cohésion quand il n’y a pas de cohérence ✱ 

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Commentaires (1)
  1. Belhajilali

    Le PI ,cet éternel os resté en travers de certaines gorges,un parti qu’on s’use depuis des décades à vouloir détruire…Et dire qu’on n’a jamais été plus près de réaliser ce vœu vil avec l’avènement d’un nouveau secrétaire général, un enfant des bas-fonds de la rue, aux méthodes électorales mafieuses dont la « justice »,à dessein, n’a rien voulu voir!
    L’Istiqlal,même dans ses pires moments de gestion,s’est aperçu du sale tour qu’on a espéré ,un moment,lui jouer en miroitant la possibilité de sa participation au gouvernement chargé de faire passer les décisions les plus impopulaires :réforme de la retraite,dialogue à geler avec les syndicats;fiscalité,registres commerciaux…)
    Le phénix renaît de ses cendres ,dit-on:Chabat ,en dépit de tous ses défauts,prit une grande décision:un niet soviétique à Benkirane .Depuis,c’est une majorité insensée qui dirige le pays et ,curieusement,contre toute logique (constitutionnelle?) on s’entête à ne rien voir pour ne rien faire;ce gouvernement a une mission .Par conséquent ,de gré ou de force,il ira jusqu’au bout de son mandat pour la finir.Pas d’élections anticipées.
    De nouveau ,le PI ricane;sa popularité ,un moment secouée,est confortée;ses détracteurs peuvent se mordre les doigts.Rendez-vous aux élections …futures.

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