Mondialisation et après-mondialisation en débat à Asilah

Les Etats sont appelés à faire montre d’une grande capacité d’adaptation afin d’apprivoiser la déferlante de la mondialisation, ont affirmé, samedi 7 juillet 2018 à Assilah, les participants à la seconde séance du colloque placé sous le thème « Post mondialisation: quelles perspectives? ».

Intervenant à l’occasion de cet événement organisé dans le cadre de la 40è édition du Moussem culturel international d’Assilah, le premier vice-président de la chaire Zbigniew Brzezinski, John Alterman, a indiqué que « la mondialisation est un phénomène normal qui s’inscrit dans la continuité de l’évolution humaine », relevant toutefois que ce phénomène peut « engendrer un sentiment d’abandon, voire de jalousie » par les nations qui le subissent sans y prendre pleinement part. Ces pays doivent profiter de l’ensemble des bienfaits de la mondialisation et l’appréhender comme une opportunité et non comme une contrainte, à l’image de Singapour qui a su tirer profit des aspects de la mondialisation, a-t-il ajouté.

Sur cette même ligne, le journaliste péruvien César Campos a relevé que contrairement aux appréhensions et à la peur de « se faire manger par un gros poisson », le Pérou a tiré avantage de la signature d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis, permettant à son pays de faire évoluer considérablement son chiffre en termes d’exportations. Pour sa part, le président du Centre marocain des études stratégiques (CMES), Mohammed Benhammou a indiqué que la mondialisation a mis à mal un certain nombre de principes comme la souveraineté, la territorialité, l’autorité et les frontières, conduisant les Etats et les peuples à une période de troubles et d’incertitudes et par conséquent à « un repli identitaire ».

Voilà pourquoi, a-t-il poursuivi, il est nécessaire d’accompagner le monde dans ses changements et ses mutations, afin de trouver sa voie au sein d’un « monde apolaire aux contours flous ».

De son côté, le diplomate français Guy de la Chevalerie a traité la question d’un point de vue culturel, estimant que « les gens qui changent le monde sont les artistes » et que « seule la culture est en mesure de changer les choses en profondeur ».

A cet égard, il a relevé que le danger n’est plus un pays en particulier mais plutôt les multinationales de la culture et de l’information, précisant que la mondialisation a débouché sur une sphère médiatique globalisée dans un espace virtuel qui contribue à la construction de modèles « sur des bases consuméristes », prenant ainsi le pas sur les prescripteurs classiques. Par ailleurs,  De la Chevalerie a estimé que le mélange des cultures ne débouche pas forcément sur un écrasement mais peut s’avérer fertile et contribuer au métissage des cultures.

L’après-mondialisation

Dimanche 8 juillet 2018, il a été question de la construction de l’après-mondialisation. Celle-ci doit se faire dans un monde multipolaire où les efforts de l’ensemble des acteurs sont au service de la justice sociale, ont affirmé les participants à cette troisième et dernière séance du colloque placé sous le thème « post mondialisation: quelles perspectives? ».

L’ordre économique mondial mené par le G7, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale pour le commerce tend à mettre en place une gestion du monde qui utilise la science et la technologie pour générer des gains qui ne profitent pas à l’ensemble de la population mondiale, a indiqué le directeur du Centre des études euro-méditerranéennes et africaines, basé à Londres, Ali Bahaijoub, à l’occasion de cet événement organisé dans le cadre de la 40è édition du Moussem culturel international d’Assilah. Pour illustrer son propos,l’orateur s’est référé à une étude d’Oxfam qui révèle que 8 personnes à travers le monde contrôlent plus de la moitié des richesses mondiale, qualifiant d' »inadmissible » cet état de fait, d’autant que la majorité absolue de la population mondiale lutte pour des besoins de base comme la santé et l’éducation, a-t-il dit. Dans cette même veine, M. Bahaijoub a dénoncé « le réseau de paradis fiscaux où les riches cachent des trillions de dollars qui pourraient être utilisés pour le bien de la planète ». D’où la nécessité d’établir un nouvel ordre mondial avec un visage humain qui profitera à tous louant, a-t-il insisté, louant dans ce sens « le modèle équitable des pays scandinaves » qui devrait être généralisé. De son côté, le journaliste indien Rudroneel Ghosh a relevé que les pays émergents comme la Chine, la Malaisie, l’Inde et la Turquie sont en train de réduire l’écart avec l’Occident qui a longtemps dominé la mondialisation. Ce changement du rapport de force impact même les mentalités des populations, a affirmé M. Ghosh, estimant que les jeunes les plus optimistes se trouvent en Inde, en Chine et au Nigeria, alors que dans le monde occidental, certains jeunes sont confrontés, pour la première fois, à la perspective d’un avenir qui n’est pas meilleur que celui de leurs parents.

Cette réalité vient démentir le « mythe » selon lequel seul un modèle politique occidental peut mener à un modèle économique réussi, a-t-il ajouté, notant que c’est la création de richesses qui mène vers la démocratie et non l’inverse.

Pour sa part, le professeur universitaire Mokhtar Benabdellaoui a souligné que les retombées de la démocratie ne sont plus en phase avec ses principes et que la croissance humaine, ainsi que celle des marchés et de la technologie, font que l’Occident se retrouve bousculé par les pays émergents au centre de l’échiquier international. Cela devrait conduire, selon lui, à une réorganisation de l’ordre mondial et à une sortie de l’unipolarisme occidental vers un multipolarisme plus humain.

L’ancien ministre de la défense du Pérou, Rafael Rey, a, quant à lui, fait observer que la mondialisation n’était pas en mesure de résoudre l’ensemble des problèmes du monde et même qu’elle est responsable de nombre d’entre eux, mais qu’elle doit être utilisée pour apporter des réponses aux problèmes de paix et de justice sociale à travers notamment une éducation intégrale. Il est également nécessaire de réintégrer la morale dans la politique, a souligné M. Rey, ajoutant que contrairement à l’idée répandue, la morale n’est pas en contradiction avec la liberté.

Placée sous le haut patronage royal, cette 40e édition du Moussem culturel international d’Assilah, dont l’Afrique est l’invité d’honneur, propose divers événements culturels et artistiques, notamment des séminaires, des ateliers, des spectacles de musique, des défilés de mode, ainsi que des expositions.

Le programme de cette édition, qui se poursuit jusqu’au 20 juillet, prévoit également l’organisation de colloques sur les thèmes : »La citoyenneté dans la Charte nationale », « L’impasse de la situation arabe actuelle: possibilités et perspectives », et « Pensée religieuse incubateur du terrorisme: contexte et moyens de lutte », et ce dans le cadre de la 33ème session de l’université d’été Al-Mouatamid Ibn Abbad.

 

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