Gregorio Marañón, juriste, entrepreneur et académicien espagnol : « Le bipartisme fonctionne mieux en Espagne »

Gregorio Marañón

Gregorio Marañón

Empli de son amour de la culture et l’engagement pour l’amélioration de la société, Gregorio Marañón a reçu La Razon chez lui, dans son bureau madrilène.

La Razon : Vous faisiez partie du groupe tacite de la transition, l’Espagne d’aujourd’hui ne ressemble-t-elle pas à celle de 1975 ?
Gregorio Marañón : L’Espagne de 1975 était le résul- tat d’une guerre civile, de 40 années de dictature et d’un pays qui sort du sous-développement. L’Es- pagne d’aujourd’hui procède de la réconciliation des deux Espagne et de 40 années de démocratie et de croissance.

Est-ce la fin du bipartisme ?
L’usure des deux grands partis est incontestable, mais dans un pays comme le nôtre, le bipartisme fonctionne mieux.
Il y a des chances que nous entrions dans une période de bipartisme imparfait qui déboucherait, avec les deux grands partis, sur une coexistence avec des partis nationalistes. C’est ce que nous avions dans les années passées, mais avec quelque chose de plus équilibré.

Brexit, Trump, Le Pen, qu’est-ce qui nous arrive ?
La plus grande faiblesse de la démocratie réside dans le fait que les citoyens peuvent se tromper en votant comme ceux qui l’ont fait pour Trump ou pour le Brexit. Aussi bien Hitler que Chavez avaient accédé au pouvoir par voie démocratique.

Après les accusations faites à la Russie de hacker les élections américaines, les autres pays regardent la Russie avec suspicion, risquons- nous une cyber-guerre mondiale ?
Nous vivons dans un monde qui a déjà dépassé le Big Brother d’Orwell.

Ce sera quoi le futur ?
Je ne connais que la vérité sèche. Pas besoin de mettre un préfixe à un concept qui a sensiblement une telle richesse elle-même autosuffisante. Si on l’ajoute à la vérité, il devient suspect.

Les populistes sont venus pour rester. Sont-ils les ennemis de la démocratie ?
Les deux risques majeurs pour la démocratie viennent soit de l’extérieur du système, un coup d’État militaire, soit de l’intérieur, le populisme, qu’ils soient de droite ou de gauche.

L’Europe a-t-elle été à la hauteur de la crise des réfugiés ?
La crise des réfugiés est le résultat d’une mauvaise gestion politique pleine de bonnes intentions.

Est-ce la chute de l’Union européenne que nous avons connue depuis la seconde guerre mondiale ?
Suivant mon optimisme inné, je crois que l’actuelle crise européenne, aussi sérieuse soit-elle, n’est pas synonyme de la fin de l’UE, mais plutôt une opportunité pour relancer son projet politique.

La crise financière est sur le point de boucler sa dixième année, le monde a-t-il perdu espoir ?
La crise économique est passée, mais plusieurs de ses effets ne se sont pas encore corrigés. Cependant, dans l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu un meilleur présent, dans la liberté et le bien-être.

Comment, alors, expliquer le désenchantement ?
En partie, nous n’avons aucune réponse ration- nelle. C’est une question de psychologie sociale. Le sentiment de désenchantement est plus perceptible en démocratie que dans les pays sous-développés, sans liberté, sans services sociaux, avec une espérance de vie plus limitée. Mais, on doit reconnaître, par exemple, qu’en Espagne, l’augmentation des inégalités sociales et la difficulté de trouver un emploi et la précarité de ce dernier chez les jeunes produit un grand malaise social.

La Catalogne est-elle allée trop loin ?
La question catalane est un héritage historique. Pour citer Ortega, la question qu’on ne peut pas résoudre, on doit la supporter. Et cela requiert des efforts des deux parties.

La corruption a marqué les dernières années de la vie politique, sommes-nous tenu, en tant que société, à croire en la présomption d’innocence ?
Comme juriste, je ne peux assumer la présomption d’innocence, mais, en tant que citoyen, je ne peux pas accepter que, du moment que la corruption est découverte que vous attendiez des années pour qu’une décision définitive soit prise.

Quels sont les maux de l’Espagne ?
L’intolérance, la lenteur de la Justice, le manque d’un modèle arrêté dans la Constitution en ce qui concerne la structure territoriale du modèle de l’État, et l’écart de l’inégalité sociale élargi à cause de la crise économique.

Vous avez présidé le patronat du Teatro real et autres institutions culturelles, l’Espagne tient- elle à sa culture ?
En Espagne, sauf quelques honorables exceptions, ni l’élite, ni les politiques n’ont mis en lumière une politique culturelle, et 60 années auparavant la moitié de la population était illettrée.

Les réseaux sociaux commandent. Peut-on résumer la vie en 140 caractères ?
Un tweet est, au mieux, une simplification, au pire une diffamation irresponsable.

Un mot :
Amour.

Le futur :
Il sera toujours meilleur.

Un vrai sujet :
L’improvisation espagnole.

Un sujet irréel :
Notre sieste.

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