Analyse – Qui a peur de la 5G ?

La technologie 5G chauffe les centres de recherche et les centres de pouvoirs des grandes puissances. Et pour cause. Il s’agit d’une nouvelle technologie qui participe dans la course aux informations. Analyse

Par Hakim Arif

 

 

L ’humanité fait face à plusieurs menaces des plus petites aux plus grandes, allant des effets des changements climatiques aux conflits politiques en passant par les risques financiers. Il y a néanmoins un autre danger qui guette les citoyens de tous les pays quel que soit le régime politique en place. Le risque informationnel.

Les entreprises et les Etats se sont lancés dans une course effrénée à l’information. Les premières pour mieux connaître les préférences des consommateurs, les deuxièmes pour mieux cerner leurs choix politiques. Ainsi, toute innovation technologique qui permettrait de rassembler le plus d’informations possible, de la manière la plus rapide et la plus sécurisée possible est garantie de recevoir le plus d’investissements, publics, privés ou en partenariat entre les deux. C’est pourquoi la technologie 5G chauffe les centres de recherche et les centres de pouvoirs des grandes puissances.

La Chine a conçu un processus de co-développement auquel, elle a donné le nom poétique de « Route de la soie ». Il n’a pas fallu longtemps aux concurrents pour s’apercevoir qu’il s’agirait plutôt d’une autoroute des ondes qui reposerait sur le déploiement des technologies chinoises dans les pays partenaires, explique Fares Bouyoussef dans un article intitulé « Les enjeux géo-économiques de la 5G », publié sur le site au nom annonciateur de « Infoguerre ».

Le but ultime de la Chine serait « d’exploiter ses technologies implémentées dans les pays partenaires, pour pouvoir les espionner et profiter d’un avantage certain, à travers la captation d’informations sensibles », explique l’auteur. L’Australie nous en donne l’exemple. La Chine voulait faire de ce pays un partenaire pour ce qu’elle appelle la « route de la soie technologique » en y déployant ses technologies de façon massive.

Les Etats-Unis ont vite compris la manœuvre et ont fait campagne contre l’offensive chinoise, à tel point que l’Australie a exclu les entreprises chinoises Huawei et ZTE du marché de la 5G. Motif invoqué: risque potentiel d’ingérence étrangère. Dans les faits, les services de sécurité américains ont interdit l’utilisation des technologies chinoises dans les administrations et déconseillé l’usage des terminaux chinois sur leur territoire. La France de son côté avait créé en 2015, un dispositif de lutte contre l’ingérence de Huawei.

Les enjeux de la 5G sont immenses. Ce n’est pas uniquement de la technologie, c’est un bras de fer économique et politique entre les principaux intervenants, les Etats-Unis et la Chine qui sont tous les deux d’accord sur le fait que celui qui maitrisera l’information maîtrisera le monde. La technologie 5G offre d’immenses possibilités technologiques à des secteurs variés. Des milliards de dollars et des millions d’emplois sont en jeu. Et par-dessus tout, la capacité pour les Etats et les entreprises à avoir à disposition des informations en temps réel pouvant mener à des décisions rapides et ciblées.

 

Bras de fer

 

Bien sûr, produire de l’information et l’échanger exige une grande vigilance. Les risques d’interception sont bien réels dans un monde où l’espionnage est banalisé. Les recherches chinoises sont les plus avancées dans ce domaine, on est dans la communication quantique qui exploite les possibilités de la mécanique du même nom.

Plus de vitesse, plus de capacité et plus de sécurité, la course à la performance en matière de communication n’est ni un marathon ni un 100 mètres, mais les deux à la fois. C’est à celui qui court le plus vite et le plus longtemps. Les utilisateurs des réseaux sociaux n’auront pas besoin de savoir ce qui se passe dans les centres hautement sécurisés de recherche. Tout ce qu’on leur demandera c’est d’acquérir les nouveaux terminaux adaptés à la 5G et d’y déverser leurs informations. Celles-ci vont alimenter une autre économie basée sur l’analyse des informations au grand bénéfice des entreprises.

Ce n’est pas le plus grave car pour certains pouvoirs, la tendance d’exploiter des informations plus précises et en temps réel à des fins politiques est de plus en plus visible. La Chine a déjà montré le chemin. Des millions de caméras à reconnaissance faciale installées dans les espaces publics produiront des informations sur chaque individu auquel sera attribuée une note sociale. Les bons seront récompensés, les mauvais seront punis. On peut gagner des points en achetant des produits chinois, en traversant la rue au bon endroit, en travaillant bien ou encore en publiant une opinion favorable à l’économie du pays.

On se fait taper sur les doigts, par exemple, en ne respectant pas le passage piéton ou en publiant sur les réseaux sociaux une opinion politique jugée dissidente. Enfin, les recherches en ligne de tous les citoyens sont suivies. Gare à celui qui cherche ce qu’il ne devrait pas chercher.

 

 

 

 

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