Tariq Ramadan reconnait avoir eu des rapports sexuels avec deux plaignantes

Après un an de dénégations, l’intellectuel  Tariq Ramadan a finalement reconnu lundi 22 octobre 2018 avoir eu un rapport sexuel avec les deux premières femmes à l’avoir accusé de viol mais il a affirmé aux juges français que ces relations étaient « consenties ».

Les messages échangés entre Tariq Ramadan et ces deux femmes « démontrent que les parties civiles ont menti et que les relations sexuelles ont été parfaitement souhaitées, consenties et même par la suite de nouveau recherchées », a déclaré lundi son avocat Me Emmanuel Marsigny à la sortie des deux heures d’audition au tribunal de Paris.

Il a annoncé avoir déposé une quatrième demande de mise en liberté de M. Ramadan, incarcéré en France depuis sa mise en examen le 2 février 2018 pour le viol de Henda Ayari et « Christelle », un nom d’emprunt. « Une plainte pour dénonciation calomnieuse et dénonciation de crime imaginaire suivra », a ajouté son avocat.

« La raison pour laquelle M. Ramadan a été contraint jusqu’à présent de ne pas reconnaître de relations tient au fait que, depuis le départ, (…) il a eu le sentiment que la conviction était acquise de ce qu’il était coupable », a justifié Me Marsigny.

« Ça fait 11 mois que M. Ramadan ment », a répondu Me Eric Morain, l’avocat de « Christelle ». M. Ramadan vient aujourd’hui « se frapper la poitrine et se présenter comme le héros de la vérité et dire j’ai libéré ma parole. Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas un parangon de vertu », a-t-il réagi.

Dénonçant un viol commis lors de leur unique rencontre le 9 octobre 2009 à Lyon, cette femme avait saisi la justice en octobre 2017, dans la foulée de la première plainte déposée par Mme Ayari. Cette dernière, une ancienne salafiste devenue militante laïque, affirme avoir été violée dans un hôtel parisien au printemps 2012.

Or l’islamologue avait jusqu’ici nié tout rapport physique avec ces deux femmes, reconnaissant seulement en juin 2018 des relations extra-conjugales de « domination » avec d’anciennes maîtresses et une troisième plaignante pour laquelle il n’est pas mis en examen.

Face à « Christelle » le 18 septembre 2018, Tariq Ramadan n’avait encore concédé qu’un « jeu de séduction » pendant quelques mois, par téléphone et internet, et réaffirmé n’avoir bu qu’un verre avec cette « mythomane » au bar de l’hôtel le jour des faits.

Mais sa ligne de défense avait été balayée la semaine suivante par la remise d’une expertise dévoilant les 399 SMS échangés du 31 août au 15 décembre 2009.

En prévision du rendez-vous d’octobre, Tariq Ramadan y détaillait par avance ses fantasmes sexuels violents et dominateurs, qui concordent avec la description initiale des faits par « Christelle ».
Mais chacune des parties interprète désormais ces messages à son avantage: témoignage d’une relation consentie pour la défense, preuve des manipulations de Tariq Ramadan pour les parties civiles.

Pour Eric Morain, ces échanges démontrent « l’emprise » exercée sur plusieurs femmes et en particulier sur sa cliente, une convertie de fraîche date qui croyait se marier bientôt avec cette figure populaire de l’islam francophone.

L’horodatage des 144 SMS de « Christelle » n’ayant pas été retrouvé, l’enquête doit reconstituer le fil des conversations.

Dans un de ces messages non datés mis en avant par la défense, « Christelle » écrit notamment « tu m’as manqué dès que j’ai passé la porte ». Les conseils de M. Ramadan ont également versé au dossier vendredi des SMS échangés avec Mme Ayari à l’automne 2012, quelques mois après le viol présumé, qui démontrent, selon eux, une relation consentie.

Depuis le début du scandale, l’intellectuel et ses soutiens dénoncent par ailleurs constamment une « collusion » entre les plaignantes, ses ennemis politiques et, désormais, ses anciennes maîtresses.

En Suisse, il est également visé par une instruction pour viol. Le procureur suisse doit encore venir l’entendre en France, selon des sources concordantes.

Il est actuellement détenu dans un hôpital pénitentiaire de région parisienne, en raison d’une sclérose en plaques dont le traitement a été jugé compatible avec sa détention.

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