Ce que Boeing risque de perdre dans la guerre commerciale américano-chinoise

Le géant aéronautique a toutes les raisons pour nourrir des craintes quant à l’éventualité d’une escalade dans les échanges virulents opposant Washington à Pékin. L’inquiétude gagne aussi les investisseurs. Explications. Par Alex Frangos

Boeing (BA 0,43%) est devenu un exutoire non-officiel de craintes liées à l’escalade de la guerre commer- ciale entre les Etats-Unis et la Chine. Les investisseurs ont raison d’être inquiets, même s’il semble que la Chine ait besoin des 737 tout comme Boeing a besoin de les vendre.

Ni le géant de l’aéronautique ni l’industrie aéro- nautique civile en général n’ont été cités dans les déclarations tarifaires officielles de l’administra- tion Trump ou de Beijing. Les secteurs concernés étant l’acier, le soja, la filiaire porcine, les tubes et les tuyaux. Néanmoins, le titre Boeing a été parmi les plus touchés en raison des tensions commerciales. Ses actions sont en baisse de plus de 12% par rapport à leur pic atteint en fin février.

La raison : imposer des tarifs douaniers sur les avions, annuler ou différer des livraisons, pour- rait constituer une mesure de rétorsion que la Chine épargne pour plus tard, au cas où les ten- sions s’intensifieraient. Les avions font partie des exportations américaines les plus importantes vers la Chine.

À long terme, la Chine ne peut probable- ment pas se passer de Boeing. Sa demande de transport aérien augmente trop rapidement, et il faudra encore des années avant que la Chine puisse construire un nombre significatif d’avions de ligne. La Chine pourrait booster les parts de marché d’Airbus. Mais, le fait de dépendre entièrement du concurrent européen de Boeing leur enlève un avantage important dans la négociation des prix. En outre, vu que le constructeur européen Airbus fonctionne à pleine capacité, il lui serait difficile de produire suffisamment d’avions pour remplacer les Boeing annulés.

Cela dit, dans le feu des actions de rétorsions commerciales, Boeing et ses actionnaires peuvent se retrouver au cœur du conflit. Pékin, qui achète ses avions au niveau central pour ses compagnies aériennes publiques, pourrait annuler ou reporter une partie de ses 400 commandes chez Boeing. L’avionneur américain a un carnet de commandes bien garni, donc, en théorie, il pourrait déplacer la demande vers d’autres clients non chinois. Mais il lui faudrait peut-être fournir aux compagnies aériennes des mesures incitatives pour que celles-ci reçoivent leurs avions plus tôt que prévu. Une démarche qui risque de perturber les flux de trésorerie. Si les tensions persistent, Airbus pourrait accroître sa part actuelle de 50% sur le marché sur le long terme.

Que ferait la Chine sans Boeing ? Plus de 900 avions à fuselage étroit verront leurs contrats de location arriver à échéance au cours des cinq prochaines années. La Chine, qui a développé une formidable industrie du leasing aérien, pourrait puiser dans les flottes des compagnies aériennes du Moyen-Orient et Singapore Airlines qui sont prêtes à échanger leurs appareils, rappelle Phil Seymour du groupe IBA, un cabinet de conseil en aviation.

Air China, China Southern Airlines et China Eastern Airlines ainsi que leurs passagers pâtiraient de l’utilisation d’une flotte vieillissante au lieu d’une gamme toute neuve d’appareils Boeing. Mais les priorités géopolitiques doivent avoir préséance sur ces préoccupations. Si cela devait arriver, alors les actions de Boeing, qui se négociaient à des valorisations historiquement élevées, subiraient les conséquences.

 

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